Le 6 avril, le général Dusirat avait établis son

bivouac à Saint Pierre de Chemillé d’où il

incendiait métairies et moulins sur l’Hyrôme.

 

Le 8 avril Stofflet attaqua sa colonne à la ferme de la

Caillaudière, non loin de Saint-Pierre de Chemillé,

et lui fit essuyer une défaite sanglante. L'armée

républicaine prit la fuite; le désordre fut tel qu'elle

courut pendant dix-neuf heures sans oser s'arrêter,

et qu'elle ne se crut en sûreté qu'à Doué.

 

Le 9 avril, en représailles de cette déroute,

Grignon, venant d’Etiau marche à la rencontre de

Dusirat : « J'ai marché à sa rencontre et j'ai

recueilli de ses soldats qui étaient en fuite. De là je

me suis porté à Saint-Lambert où j'ai trouvé un

rassemblement de sept à huit cents brigands qui

n'ont pas tenu longtemps. J'ai brulé Saint-Lambert

et j'ai fait tuer quantité d'hommes et de femmes. »

 

Ce jour-là suivant les témoignage recueillis : « A

Doua, à la Jutière et à la Brosse, des vieillards

octogénaires furent brûlés dans leurs maisons ; les

flammes dévorèrent des paillers où de pauvres

filles avaient cru trouver un asile ; à la Chauvelière,

un ruisseau de sang coula depuis la Croix jusqu'au

château ; du Bignon au Plessis et à la Babinière

tous les champs recelaient des cadavres ; des

enfants au berceau furent percés de coups de

baïonnette sur le sein de leurs mères, d'autres,

jetés dans l'Hyrôme, disparurent sous ses flots…»

 

« Dans un pré de la Houssaye, un soldat qui

voulait sauver une jeune fille fut massacré par ses

camarades; un autre retira de la rivière un petit

enfant qui surnageait : il n'y eut que ces seuls traits

d'humanité au milieu de tant de crimes. Plus de

cent soixante-dix personnes, dont les trois quarts

étaient des femmes et des enfants, perdirent la vie

dans ces massacres…».

 

Pour se cacher lors des passages des Colonnes

Infernales, la veuve Blanchard, de la Houssaye, avait

trouvé refuge, entourée de ses 6 enfants, dans une

petite cavité rocheuse au sein même d’un coteau.

Blottis au fond de la grotte le 9 avril 1794, qu’ils

entendirent les massacres de Bretonneau (futur

Coteau des Martyrs à St Lambert), et qu’ils trouvèrent

à nouveau abri lors des passages sanglants des

Bleus sur Saint Lambert le 14, puis le 16 avril 1794.

 

 

Mais le 16 avril devait se révéler funeste pour cette

petite famille, comme l’a raconté plus tard un témoin :

« Une chèvre, dont les maîtres avaient quitté le pays,

errait dans les environs. La Blanchard, réduite à une

extrême misère et qui trouvait une ressource

précieuse dans le lait de cet animal, l’avait engagée

par ses caresses à venir souvent la visiter à La

Houssaye. Ce jour-là, la chèvre effrayée par la

présence des soldats prend la fuite vers la grotte. Les

militaires la suivent et ils ont tôt fait de découvrir

l’excavation.

 

Après l’avoir détroussée de ses maigres économies,

les soldats conduisent la famille vers le bourg de

Chanzeaux. Mais quelques dizaines de mètres plus

loin, l’un des 15 soldats fait feu sur la malheureuse

mère, la tuant sur le coup. Voulant récidiver sur les

enfants pour éliminer les témoins, ses compères l’en

empêchent vivement.

 

Les 6 orphelins, dont la plus jeune âgée seulement

de 18 mois, furent pris en charge par leur oncle,

Jean-Gilles Blanchard, déjà père lui-même de 5

enfants ».

 

Sources : Archives Départementales, Th. de Quatrebarbes , Abbé Deniau , Abbé Conin ...