"... Partout l'ordre était donné de changer en désert le pays insurgé, d'incendier les villes, les bourgs, les châteaux, les maisons isolées, de raser les arbres et les genêts, de couper les moissons et de faire disparaître les forêts du sol. La population toute entière était vouée à l'extermination, et les flammes devaient dévorer ce qu'avait épargné le tranchant de l'épée.

Dans cette extrémité, l'héroïsme de la Vendée fut égal à la grandeur du péril. Quatre mille républicains, campés sur les hauteurs d'Erigné, sont surpris par la Rochejaquelein et d'Autichamp, et poursuivis jusqu'aux Pont-de-Cé. Là un bataillon entier (le 8e de Paris), animé d'un dévouement antique, se précipite dans la Loire plutôt que de rendre ses armes. Lescure disperse à Thouars vingt mille recrues de la levée en masse, et Santerre, un instant vainqueur à Doué, est de nouveau complètement défait à Coron (18 septembre), avec une armée de quarante mille hommes, par l'heureux et brave Piron de la Varenne.

 

 

Ce dernier, sans perdre un instant détache une partie de ses troupes au secours des royalistes réunis à Chemillé, sous les ordres de MM. Duhoux, Cadi et de l'intrépide chevalier de la Sorinière. La plus grande confusion régnait dans cette ville. Des vieillards, des femmes et des enfants, chassant devant eux leurs bestiaux, s'y étaient réfugiés en grand nombre. Ils fuyaient l'approche d'une nouvelle armée républicaine que commandait le général Duhoux, oncle du jeune officier vendéen qui lui était opposé. Après un sanglant combat uniquement soutenu par les habitants de Chanzeaux, l'ennemi avait forcé, au pont des planches, le passage du Layon, et s'était avancé jusqu'au bourg de la Jumelière. (Cette affaire du pont des Planches est complètement oubliée par Beauchamp dans son histoire de la Vendée. Il dit même que le général Duhoux passa le Layon sans obstacles, ce qui est loin d'être exact. Une poignée de braves arrêtèrent plusieurs heures l'armée républicaine. Chaillou, Pauvert de la Guinebautière, Merserolle de Gévrise et Pasquier de la Brisarderie, s'y firent remarquer par leur courage. Les trois derniers furent blessés. Rhuilé, maître maçon et plusieurs autres y furent tués).

 

 

Mais en apprenant que les royalistes venaient l'y attaquer, Duhoux se hâta de se replier derrière la rivière et de prendre position sur les hauteurs escarpées de Beaulieu et du Pont-Barré. La nouvelle de la honteuse défaite de Santerre commençait à se répandre dans son armée ; il pensait qu'il ne fallait rien moins qu'une rivière et des rochers inaccessibles pour protéger ses soldats et faire renaître leur confiance. Le courage des Vendéens se joua de tous ces obstacles.

 

Tandis que MM. de la Sorinière et Duhoux se précipitaient sur le centre des républicains, le brave Cadi tournait leur aile droite, en passant le Layon au pont de Bésigon. M. Fougeray, de son côté, traversait le pont des Planches, ensanglanté la veille, et chargeait à l'improviste l'aile gauche de l'ennemi. Le combat se changea alors en massacre horrible. Les républicains, battus et enfoncés de toutes parts, prirent la fuite sans songer à se défendre, et furent poursuivis jusqu'à la Loire. Le sol était couvert de fusils et piques abandonnés par la levée en masse. Deux bataillons, ceux de Jemmapes et d'Angers, tentèrent vainement de soutenir la retraite. Enveloppés par les royalistes, ils furent en entier détruits ; et l'on assure que, dans la seule ville d'Angers, plus de cinq cents malheureuses femmes eurent à porter des vêtements de deuil.

La commune de Chanzeaux tout entière prit part à ce glorieux combat. Six cents de ses habitants étaient ce jour-là sous les armes. (Château de la Brosse, Renou, Sociaume et quatre ou cinq autres habitants de Chanzeaux furent tués au Pont-Barré. Un plus grand nombre y furent blessés. Jean Bernier, de Saint-Lambert, y gagna la réputation d'un des plus braves soldats de l'armée. Il fut le premier à passer le Layon à un gué éloigné, et à tomber sur les derrières des républicains. Maurice Ragueneau fit également dans ce combat des prodiges de force et de bravoure). On vit des enfants de douze ans et des vieillards presque octogénaires saisir un fusil et combattre au premier rang. Sur les coteaux opposés une foule de femmes en prières conjuraient le Ciel d'accorder la victoire aux généreux efforts de leurs époux et de leurs frères ; et le chant des cantiques se mêla longtemps aux cris des combattants et à l'ivresse du triomphe.

La perte des royalistes fut légère en comparaison de celle de l'ennemi. Ils le durent à l'impétuosité de leur attaque, qui ne lui permit ni de se défendre, ni de se rallier, que sur la rive droite de la Loire."

 

 

Extrait du livre :

Une paroisse vendéenne sous la Terreur

par Hyacinthe Quatrebarbes (marquis de)

auquel j'ai ajouté les illustrations