A Fontenay-le-Comte, le 28 mai 1793

A MM. les habitants de Niort, pour lire aux administrateurs du département

et aux commissaires de la convention à Niort.

Messieurs,

Instruit par des gens de vos armées patriotes qu'il leur avoit été ordonné de ne faire aucun prisonnier de nos armées si le sort des armes les faisoit tomber en vos mains, je me plais à vous donner connoissance de cette dénonciation, et à vous prouver, par notre conduite envers la multitude que nous faisons en combattant contre vous, quelle est celle que l'honneur et l'humanité rend inséparable des coeurs vraiment françois. D'après des principes aussi sanguinaires que les vôtres, d'après ceux qu'on emploie pour égarer les esprits, d'après les menaces et les exclamations horribles que vous lancez contre les chefs des armées catholiques, nous pourrions user de représailles envers vos familles. Mais nos sentiments purs et religieux nous commandent impérieusement de remplacer les crimes que la Révolution fait commettre par autant d'actes de vertu. Nous ne craignons ni menaces ni sentences attroces ; nous voulons le bien ; nous le voulons, et nous espérons que, soutenus par Dieu et la pureté de nos sentiments, nous triompherons de cette horde de factieux qui ne mesure plus la faculté de commettre des crimes. Vous, habitants de Niort, dont je suis connu de la plupart, vous retrouverez dans ma lettre le caractère d'honnête homme que j'ai toujours eu. Je rendrai à vos familles les pères qui leur sont nécessaires, toutes fois que par le sort des armes ils tomberont en mon pouvoir. Jamais je ne serai barbare, et, jusqu'à mon dernier moment, tous les prisonniers trouveront en moi un ami, un protecteur (Bernard de Marigny n'exécuta malheureusement pas cette promesse). Lisez bien l'expression de mes sentiments, et convenez que les plus honnêtes gens du royaume sont ceux qui combattent pour la religion de leurs pères, pour le rétablissement du trône et pour la paix, que malheureusement il faut obtenir à coups de canon.

Les prisonniers que nous rendons à leurs familles attesteront nos vertus et nos bienfaisances, et ceux que nous détenons sauront vous exprimer un jour la douceur avec laquelle ils auront été traités.

Je suis particulièrement et nous sommes en général inébranlables dans nos principes. Tels sont les hommes qui vous écrivent, et qui ne veulent que le bonheur de tous les François.

BERNARD DE MARIGNY, commandant des armées catholiques et royalistes, DE LA ROCHEJAQUELEIN fils,

DUHOUX-D'HAUTERIVE, DONNISSAN, DEHARGUES, LESCURE, DE BONCHAMPS, SAINTE-HERMINE

 

Pièces contrerévolutionnaires du commencement

de l'insurrection vendéenne