Inutile de chercher dans le D'Hosier : vous feriez buisson creux ! Si, à la différence de celui du Chat Botté, le marquis de Carabas de la Grand'Guerre exista réellement en chair et en os, il ne fut pourtant qu'un pseudo-marquis, très humble roturier répondant au nom de Robert, bien qu'ayant gagné, comme nous allons le voir, de véritables lettres de noblesse au service de la cause vendéenne.

Les historiens et chroniqueurs de la Vendée militaire ne sont pas d'accord entre eux sur les antécédents de notre héros.

D'après M. Célestin Port, Robert, à l'époque de l'insurrection, habitait la paroisse de la Poitevinière et y tenait un cabaret.

D'après Gibert, qui fut secrétaire de Stofflet et fit la campagne avec le marquis de Carabas, celui-ci était de Beaupréau, où il exerçait le métier de tisserand.

Quand à l'abbé Deniau, il adopte successivement les deux versions : d'abord, celle de Gibert (Histoire de la Vendée) puis à deux volumes de distance, celle de Célestin Port.

Il m'a été impossible, malgré mes recherches, de tirer l'affaire au clair ; mais ce qui paraît certain, c'est que tout au moins après la Grand'Guerre, à laquelle il eut la chance de survivre, le marquis de Carabas était domicilié et propriétaire - dans le besoin - à la Poitevinière. Voici, en effet, la note que je relève dans le rapport officiel où furent recueillis, en 1814, les états de service des anciens officiers vendéens :

ROBERT (dit marquis de Carabas), colonel, propriétaire à la Poitevinière, blessé.

Etats de services. - A fait toute la guerre de Vendée en qualité d'aide-de-camp des généraux Stofflet et d'Autichamps, s'est toujours conduit avec bravoure et distinction.

Demande. - Une pension dont il a grand besoin.

Observations. - Aide-de-camp de MM. Stofflet et d'Autichamp, a très bien servi dès le commencement ; est dans le besoin.

Simple tisserand ou cabaretier avant l'insurrection, et, ensuite, tout au plus petit propriétaire "dans le besoin", Robert est demeuré surtout célèbre sous le nom de marquis de Carabas.

Pourquoi ? et d'où lui venait l'attribution de ce pseudo-marquisat ? En aurait-il été gratifié par manière de plaisanterie ? ou plutôt ne s'en serait-il pas plus ou moins sérieusement paré lui-même ?

Une note de M. Edmond Biré ferait pencher pour la première hypothèse : "Le marquis de Carabas, écrit l'annotateur des Mémoires du général d'Andigné, n'avait pas le sou et de là sans doute était venu son surnom".

Cette explication s'accorderait parfaitement avec les procédés de la gouaille vendéenne ; mais l'abbé Deniau, qui dut recevoir les confidences des anciens compagnons d'armes de Robert, nous apprend que celui-ci prît lui-même le titre de marquis de Carabas "pour se donner un certain prestige". Petite vanité bien inoffensive et que rachetèrent largement une activité et une bravoure proclamées par tous les témoins des évènements de la Grand'Guerre en Anjou".

 

ST FLORENT PASSAGE LOIRE

 

C'est seulement à l'époque de la campagne d'outre-Loire que je trouve mentionné, pour la première fois, le nom de notre héros.

Robert, dont le rôle avait été jusque là quelque peu effacé, ne passa point le fleuve à la suite de la Grande Armée. Lui et Pierre Cathelineau, frère du généralissime, demeurèrent sur la rive gauche pour s'y constituer les gardes du corps de d'Elbée blessé : ce fut sous leur conduite que celui-ci, porté sur un brancard, parvint à gagner la région occupée par Charette. Le général du Bas-Poitou essaya vainement de retenir près de lui les deux Angevins qui, une fois accomplie leur mission de sauveteurs, s'empressèrent de regagner les Mauges pour y organiser, à la tête des quelques insurgés demeurés dans le pays, ce  qu'on a appelé la petite armée et la petite guerre contre les garnisons républicaines de Cholet et des postes voisins, tandis que La Rochejaquelein et la Grande Armée guerroyaient outre-Loire.

Ce fut alors, raconte Gibert, que Robert "prit le nom de marquis de Carabas" en même temps que Pierre Cathelineau prit celui de duc de Penthièvre.

Après quelques brillantes escarmouches et une inutile tentative de diversion en vue de faciliter à la Grande Armée son retour par Angers, les deux chefs de la petite guerre, auxquels le comte de la Bouëre s'était rallié, furent obligés de dissoudre leurs rassemblements.

Peu à peu, à mesure que rentraient les chefs et soldats échappés aux désastres du Mans et de Savenay, la petite armée se reforma sous les ordres du marquis de Carabas et de son camarade, et bientôt elle offrit à La Rochejaquelein et à Stofflet, rentrés à leur tour, un solide noyau à la tête duquel ces deux généraux purent recommencer avantageusement la guerre et tenir en échec les colonnes infernales de Turreau.

Le marquis de Carabas se distingua brillamment sous le drapeau de La Rochejaquelein, puis, après la mort de Monsieur Henri, sous les ordres de Stofflet, presque aussitôt proclamé général en chef par tous les insurgés de l'Anjou.

Lorsque celui-ci organisa son armée, il choisit le marquis de Carabas comme major général, puis comme chef de la division de Beaupréau, puis enfin comme aide-de-camp, les deux premières fonctions ayant été successivement et très modestement déclinée, après un court exercice, par le titulaire lui-même.

Ce fut en qualité d'aide-de-camp du général en chef que le marquis de Carabas fit campagne jusqu'à la prise de Stofflet. Sa réputation de bravoure audacieuse n'était pas moins grande chez les Bleus que chez les Blancs, ainsi que l'établit ce passage d'une lettre adressée de Cholet au général Canclaux, le 22 avril 1795, par l'adjudant général Savary :

"Le fameux marquis de Carabas rôde dans les environs de Beaupréau ; j'écris au commandement de ce poste pour lui recommander de le faire chercher, afin de le réduire à l'impossibilité de faire du mal."

 

Stofflet 3

 

Le fidèle aide de camp de Stofflet remplit plus tard les mêmes fonctions auprès du général d'Autichamp.

Antérieurement à la prise d'armes de 1799, en janvier 1798, nous le retrouvons toujours réfractaire, poursuivi, traqué et même quelque peu sabré par les gendarmes. C'est du moins ce qui résulte d'une curieuse lettre publiée par Dom Chamard et dans laquelle l'abbé Bernier, sous le pseudonyme de Deschamps, décharge sa mauvaise humeur sur le bouillonnant et trop pressé marquis de Carabas, traité d'"aventurier" par le trop diplomate mentor de d'Autichamp :

"Les arrestations, écrit l'abbé Bernier, continuent dans le pays ... Un aventurier qui s'était donné le nom de Monsieur de Carabas, vient d'être sabré par les gendarmes et malgré cela s'est échappé".

Echappé une première fois aux gendarmes, en janvier 1798, le marquis de Carabas fut moins heureux au mois de septembre suivant : le 13 (27 fructidor an VII), il fut surpris, arrêté et conduit en prison à Angers.

Il eut la chance d'en sortir, et, à l'époque des Cent-Jours, il fut un des premiers à courir aux armes. Il devait être aussi l'une des premières victimes de cette dernière et éphémère insurrection : il fut tué dès le début, dans une rencontre avec les gendarmes, près de la Poitevinière.

Ainsi tomba, les armes à la main, ce pseudo-marquis et quelque peu énigmatique mais très vivant personnage dont le rôle, on vient de le voir, méritait mieux que d'être comparé, comme il l'a été quelquefois, à celui du marquis de Carabas des contes de Perrault.

H.B.

La Vendée Historique

Le Marquis de Carabas s'appelait, en réalité, ÉTIENNE ROBERT.

Fils de ... (?) Robert, tisserant et de Marie Véron, il est né le 28 mars 1763 à La Boissière-sur-Èvre.

DÉCÉDÉ A JALLAIS (49) : Son acte de décès, trouvé dans les registres d'état-civil de Jallais, nous indique qu'il était aubergiste, époux de Jeanne Fonteni et qu'il est décédé le 30 avril 1815, à l'âge de 53 ans selon la déposition de son fils, Étienne Robert, âgé de 30 ans.

 

 

acte de naissance marquis de Carabas

 

acte de décès marquis de Carabas

 

 

Marquis de Carabas