INAUGURATION DE LA STATUE DE CHARETTE

A LEGE

LE 4 SEPTEMBRE 1826

 

Statue de Charette

Le dimanche, vers les trois heures de l'après-midi, M. le duc de Rivière arriva à Legé. Le maire et ses adjoints se portèrent au-devant du loyal gouverneur du duc de Bordeaux. Parmi ceux qui couraient au-devant de lui, il y en avait plusieurs qui se ressouvenaient du Marquis de Rivière. S'il nous reconnaît, disaient-ils entre eux, il nous embrassera, car il n'est pas fier. Et, en effet, nous l'avons vu se jeter dans les bras de plusieurs de ces braves gens, se souvenir de leurs noms et des services qu'ils avaient rendus ; nous l'avons entendu leur dire : "Mes pauvres amis, les batailles vous ont donc épargnés : vous avez bien dû souffrir ; mais, Dieu soit loué, nous nous revoyons encore, et c'est le Roi qui m'envoie vers vous, pour vous assurer qu'il vous porte tous dans son coeur."

De petites filles vinrent lui offrir une couronne, et lui réciter un discours ; il les embrassa toutes. Le baron de Charette, pair de France, était auprès du duc de Rivière : il fut reconnu, et les cris de vive Charette ! vive le neveu de notre général ! se confondirent avec ceux de vive le Roi ! vive le duc de Bordeaux ! vive son gouverneur !

Ayant appris que Monseigneur l'Evêque de Luçon était arrivé à Legé, le noble et pieux duc alla le voir. Ce prélat, dont le nom rappelle une si belle fidélité vendéenne, lui présenta un petit orphelin vendéen, en demandant que les bontés du Roi s'étendissent sur cet enfant dont la jeune soeur est aveugle, et qui n'a pour l'élever que la charité de quelques bonnes âmes qui, jusqu'à ce jour, lui ont enseigné à aimer Dieu et le Roi. M. le duc de Rivière se rappela le nom du père de ces orphelins qu'il avait vu à Belleville, comme celui d'un des plus fidèles soldats de Charette, et promit tout son intérêt à ses enfants.

Pendant cette visite chez Monseigneur l'Evêque de Luçon, plusieurs fidèles serviteurs du Roi furent présentés à celui qui venait honorer la fidélité.

Le Curé de Legé, ancien soldat des armées catholiques et royales, blessé d'une balle dans la cuisse, obtint de ce bon appréciateur de courage et de dévouement, un accueil qui est déjà une récompense, une compensation de ce qu'on a souffert.

Quand M. Dominique Molchneht, statuaire, lui fut nommé, le Duc, se rappelant que M. Molchneht était fils d'un ancien et brave partisan du Tyrol, dont la tête avait été mise à prix par Napoléon, lui dit : "Je suis bien aise, Monsieur, que la commission du monument de Charette, ait choisi le fils d'un Vendéen du Tyrol, pour faire la statue d'un héros de la Vendée : votre coeur vous aura inspiré."

Avant de remonter en voiture pour aller coucher au Château de la Grange, où le marquis et la marquise de Goulaine exerçaient noblement l'hospitalité comme au bon vieux temps, et avaient déjà réuni plus de cinquante personnes, M. le Duc de Rivière, devant la foule qui l'entourait, mît un genou en terre, voulut baiser l'anneau épiscopal de l'Evêque qui l'avait reconduit à sa voiture, et reçut pieusement sa bénédiction. En traversant le champ de bataille de Roche-Servière, il demanda, à voir l'endroit où Suzannet, successeur de Charette, était tombé ... Justice et honneur lui seront aussi rendus.

... à suivre ♣

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