INAUGURATION DE LA STATUE

DE CHARETTE A LEGÉ

LE 4 SEPTEMBRE 1826

 

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Discours de M. le Lieutenant-Général comte DE SAPINAUD

"Braves Vendéens,

C'est avec une vive émotion que je me retrouve au milieu de vous, en cette grande circonstance ; mon coeur, tout à vous, palpite encore de gloire au souvenir de vos valeureux exploits.

Nous sommes aujourd'hui témoins d'un grand oeuvre de justice ; la vérité triomphe, les traits de notre Héros, de ce magnanime guerrier qui vous conduisit tant de fois à la victoire, sont transmis à la postérité par le voeu de son armée, et sous les auspices de son Roi.

Et vous, victimes honorables, qui trouvâtes la mort sous les ordres de ce noble Chef, vos noms comme le sien seront inscrits sur ce monument ; comme lui, valeureux soldats, vous vivrez à jamais dans la mémoire des braves.

Ce loyal Chevalier, ce noble Duc présent à cette solennité, apprendra à son Royal élève ce que fut la Vendée ; nos neveux, en combattant sous Dieu-Donné, seront dignes de la bannière sans tache que portèrent et défendirent leurs aïeux.

Immortel Charette ! toi qui fus mon ami, ombre illustre ! reçois en ce jour, les adieux de tes compagnons : bientôt s'éteindront les voix qui pouvaient redire ta gloire ; mais ce monument la transmettra aux races futures, et les coeurs généreux y trouveront toujours l'exemple d'un noble dévouement.

VIVE LE ROI !"

Discours de M. le vicomte de CURZAY, Préfet du département de la Vendée

"Messieurs,

Lorsque naguère une tourmente révolutionnaire désola la France et menaça d'envahir l'Europe, une population fidèle entreprit de conserver la foi de nos pères et le dogme de la légitimité. Treize départements concoururent à cette généreuse résolution ; ils firent la consolation de la Religion persécutée, ils devinrent l'espoir de la Monarchie exilée, ils sauvèrent enfin l'honneur de la France, courbée sous le poids des factions.

Braves Vendéens ! voilà votre histoire, et tandis que vous ne vous occupiez qu'à remplir les devoirs de chrétiens et de sujets fidèles, le ciel vous destinait à servir d'exemple aux nations et marquait vos efforts d'une gloire immortelle.

Et pourtant, cette renommée, qui a déjà rempli le monde de votre nom, n'est fondée ni sur de vastes conquêtes, ni sur ces éclatantes victoires qui décident du sort des peuples. Des revers, des malheurs inouïs, ont suffi pour prouver que ce n'est que dans la justice et la sainteté des causes que l'on peut rencontrer la véritable gloire, qu'il ne faut pas confondre avec la célébrité.

Mais détournons nos regards de ces nobles infortunes, pour les reporter sur les jours prospères que la légitimité seule pouvait rendre à la France ; espérons qu'ils brilleront encore d'un nouvel éclat sous le règne de ce Prince si preux, autrefois notre espérance, aujourd'hui notre consolation. Rappelons-nous qu'il voulut partager la périlleuse fortune du Héros auquel ce moment est consacré. Ah ! pourquoi l'immortel Charette et tant d'illustres chefs si dignes de notre reconnaissance et de nos regrets, ne sont-ils pas témoin du triomphe des principes religieux et monarchiques, pour lesquels ils ont si vaillamment combattu ! Pourquoi, ainsi que l'a dit une Princesse auguste en visitant le quartier-général de Belleville "faut-il que tant de dévouement et de gloire n'ait pas eu un meilleur sort".

Toutefois il n'est pas à dédaigner le sort de ces braves, morts pour Dieu et le Roi, car ils ont joint à leurs lauriers la palme des martyrs, et la mort fut pour eux un triomphe de plus.

Et si jamais de nouveaux orages menaçaient d'opprimer nos croyances religieuses et d'attenter aux prérogatives du trône, nous pouvons attester ici, au pied de ce monument et en présence du digne représentant de notre bien-aimé Roi, que la Vendée tout entière donnerait encore au monde l'exemple du même courage et des mêmes vertus.

Je m'arrête, Messieurs ; après les éloquents discours que vous avez entendus, et cette imposante solennité religieuse, plus éloquente encore que les paroles, j'aurais désiré méditer et me taire, et si ma qualité de Préfet de la Vendée m'a fait une sorte de devoir de ne pas rester témoin muet d'une telle scène, je ne veux pas du moins vous détourner plus longtemps des vives impressions qu'ont produites dans vos âmes et la majesté des pompes religieuses et la fidélité des traits reproduits à votre mémoire.

Toutefois, braves Vendéens, je compterai parmi mes jours heureux celui où il m'a été permis de payer à votre courage et à vos vertus ce nouveau tribut de mon admiration.

Discours de M. le vicomte de Villeneuve, Préfet du département de la Loire-Inférieure

"Fidèles Vendéens,

La véritable vertu est appelée à une récompense éternelle dans le ciel ; mais la justice divine veut aussi qu'elle soit tôt ou tard honorée sur la terre. Elle l'a voulu dans un de ces immuables décrets que nous devons adorer et bénir.

C'est ainsi qu'après de longs malheurs nous avons vu la Royale Famille de France, éprouvée comme l'or le plus pur, reparaître sur un trône resplendissant de gloire, de grâce et de bonté.

C'est ainsi qu'arrive enfin ce jour de solennelle expiation où une statue s'élève à la mémoire immortelle du Héros chrétien, auquel les hommes avaient jadis refusé un tombeau.

La justice a été tardive, peut-être ; mais qu'il est touchant, qu'il est glorieux, le spectacle qu'elle réservait à nos regards !

L'image de Charette apparaît triomphante et consacrée par les prières de nos saints et vénérables prélats. Autour d'elle sont réunis, dans un même sentiment d'admiration et d'attendrissement, d'illustres capitaines, des magistrats éminents, et ce peuple fort et vertueux que la Providence a placé dans les temps modernes, comme autrefois le Peuple de Dieu, pour conserver le flambeau sacré de la religion et de la fidélité. Tous les coeurs cherchent à consoler cette famille de héros et de martyrs qui peut aujourd'hui, auprès des admirables épouses des Suzannet et des Bonchamp, auprès de deux La Rochejaquelein, mêler les larmes d'un juste orgueil aux larmes d'une longue douleur. L'encens et les voeux ont monté vers l'Eternel ; Dieu et le Roi sont dans toutes les bouches ; c'est toujours la vieille Vendée ; mais la Vendée qui reçoit le prix du plus sublime dévouement qu'aient jamais offert les annales du monde ! Et tandis que la volonté suprême se manifeste si visiblement sur la terre, pour lui donner de hautes leçons, serait-il une illusion de notre coeur, le sentiment qui nous fait apercevoir au milieu de nous les ombres magnanimes de Charette et de ses nobles compagnons de gloire, tressaillant de notre joie, et se montrant sensibles à ces honneurs qui, dans un seul homme, récompensent le courage et la vertu de tous ceux qui l'ont imité ? ...

Mais pénétré d'émotion et d'une sorte de frayeur religieuse à cette pensée, à ce spectacle, puis-je chercher à réhausser, par d'impuissantes paroles, tant de vertus et tant de renommée ? Le sage a dit de certaines âmes extraordinaires, que leurs actions seules les peuvent dignement louer. Toute louange, en effet, languit auprès de leurs grands noms.

Nommer Charette, c'est proclamer les plus généreux efforts, les plus éclatants triomphes et une fin chrétienne digne de la plus courageuse vie ... L'histoire, d'ailleurs, a déjà fait entendre pour lui cette voix qui retentit dans les âges comme un écho de la justice éternelle ; et, si jamais elle pouvait être étouffée, une pieuse tradition la ferait revivre dans la mémoire des bons Vendéens. C'est à elle surtout qu'on peut en toute assurance confier le souvenir de tout ce qui fut bon, de tout ce qui fut vertueux.

Oui, Messieurs, si, dans les siècles futurs, un voyageur, venu des rives étrangères, demandait : Quel fut ce Charette qui mérita d'avoir sa statue élevée au milieu de ce pays, dont on a dit que jamais métayer n'y trompa son maître ? S'il demandait : A-t-il, comme le bon Connétable, chassé l'ennemi du sol français ? A-t-il conquis de vastes provinces ? Quels titres, quelles richesses laissa-t-il à ses neveux ? Les bons habitants de ces lieux lui répondraient avec l'histoire : Non, Charette n'a point conquis de royaume, et son épée ne brilla pas dans les guerres lointaines. Hélas ! il ne lui fut pas donné, comme à Duguesclin, de sauver la France de l'invasion étrangère ! Mais, lorsque cette belle France subissait le joug des plus sanguinaires tyrans, lorsque la terreur glaçait toutes les âmes, lorsque les plus illustres Vendéens avaient succombé, Charette seul combattait encore pour son Dieu et pour son Roi ; seul, il faisait trembler les farouches oppresseurs de sa noble patrie ; et, lorsqu'enfin il fallut céder à l'impitoyable mort, il sut mourir comme il avait vécu, en héros intrépide, en chrétien résigné ...

Voilà ses traits où une mâle audace s'allie à une expression vive et gracieuse. Souvent, comme ici, son geste indiquait le ciel : c'était là surtout qu'il plaçait son espérance. - Charette, diront-ils encore, ne laissa que son nom pour héritage à des neveux dignes de le porter avec gloire ... Mais ce nom est désormais un des plus illustres de la monarchie ; il est cher à nos Bourbons, et toujours il sera le noble emblême de la vaillance et de la fidélité.

Tel sera le langage de l'impartiale histoire, comme celui d'une naïve tradition ; car déjà a commencé pour Charette la justice de la postérité.

Vous, Messieurs, qui, les premiers, l'avez invoquée, et auxquels nous devons un si beau jour, vous avez acquitté, au nom de la France, un grand et pieux devoir. Grâces vous en soient rendues. Un tel jour fait oublier bien des jours mauvais. J'en appelle à vous, bons Vendéens ; à vous, qui avez cru tout votre sang payé par un regard du magnanime Dauphin de France et par une parole de l'auguste Fille du Roi Martyr ; à vous, que rend heureux déjà l'espérance de voir parmi vous la courageuse Mère de notre Dieu-Donné ; à vous qui ne pourriez supporter peut-être l'excès de votre amour et de votre joie, si un jour, en ces lieux mêmes, votre Roi, le meilleur et le plus aimable des Rois, venait vous tendre sa main amie ...

Le Roi ! à ce nom, fidèles Vendéens, je devine le cri qui s'échappe de tous les coeurs. Ah ! s'il était au milieu de nous ! si du moins il nous voyait ! Si le Roi le savait ! dites-vous (en cette fois c'est pour le bénir). Mes amis, le Roi le saura : il saura la part que lui font vos coeurs dans cette solennité consacrée à Dieu et à la royauté. Nous avons parmi nous un témoin digne de la terre fidèle.

Noble duc de Rivière, vous, le bon serviteur, le respectueux ami de notre Roi bien-aimé, le compagnon courageux et éprouvé du brave Charette ; puisque j'ai en ce moment l'insigne honneur de servir d'interprète à cette population héroïque, je vous adresse, en son nom, la prière de redire ce vous avez vu au Roi et à son auguste famille. Vous le direz ainsi à ce tendre et noble rejeton des lis que l'amour d'un père et la sagesse d'un Roi ont remis en vos loyales mains. Oui, j'en jure par votre coeur, qui fut toujours sans peur comme sans reproche, notre Henri apprendra de vous, comme de ses augustes parents, à aimer les Vendéens, à admirer leur courage, à plaindre et à soulager leurs illustres infortunes, et à effacer pour toujours en ces lieux les dernières traces de nos discordes civiles. Avant que d'initier ce doux espoir de la France dans les glorieuses annales de sa belle patrie, vous êtes venus en relire ici une de ses plus admirables pages. Qui mieux que vous pouvait la faire goûter à ce royal enfant ! Toujours vous fûtes l'ami des Vendéens. Comme eux et avec eux vous avez affronté la mort pour votre Dieu et pour votre Roi ; et sans doute Dieu avait dessein de sceller ce beau jour de quelque marque éclatante de sa profonde justice, lorsqu'il a voulu que le preux Chevalier, choisi dans des temps de malheurs pour porter, à travers mille périls, les ordres de l'auguste Charles-Philippe, et de royales récompenses à Charette, bientôt errant et proscrit, fut celui-là même qui va porter à Charles-le-Bien-Aimé le récit des honneurs suprêmes rendus aujourd'hui à Charette, dans cette terre où, dans la joie, comme dans le danger, on a toujours redit ce vieux cri de la fidélité :

VIVE LE ROI !"

Discours de M. le baron de CHARETTE, Pair de France

"Vendéens,

Il y a trente ans, la voix de votre général se faisait entendre ; elle était toujours un cri de gloire ! Aujourd'hui, elle reste muette sous cette tombe, sous ce monument que vos soins généreux élèvent à sa mémoire.

Héritier de son nom, que ma faible voix s'élève parmi vous ! qu'elle proclame surtout vos vertus, votre constance dans le malheur ! qu'elle vous dise mon amour et ma reconnaissance !

Et vous, noble Duc, qui partageâtes si souvent nos malheurs, dont le nom était toujours un cri d'espérance pour les contrées fidèles, retournez auprès du Royal enfant, enseignez-lui votre amour pour ce beau pays de l'honneur ! ... Qu'il vienne, qu'il vienne un jour guidé par vous, cet Enfant de miracle, apprendre à connaître, à aimer notre Vendée.

Vous aussi, preux Chevalier, noble Duc (Duc de Fitz-James), président de cette commission, si mes yeux vous cherchent en vain dans cette enceinte, que ma voix du moins vous porte mes regrets et ceux de cette assemblée.

Membres de cette commission, compagnons généreux du dernier Héros martyr, qui voyez aujourd'hui vos soins récompensés par les éloges de coeur, que le mien s'y trouve uni, que ma reconnaissance s'élève au-dessus des autres ... (Je dois plus que tous les autres).

Veuve du successeur de Charette, il est un espoir dans mon coeur, c'est que cette noble Vendée donnera à son second chef les mêmes témoignages d'amour qu'elle donne aujourd'hui au premier.

Vertueux Prélats, chefs d'une milice sacrée qui entretîntes toujours le feu divin et l'amour du Roi dans ce pays ... Braves généraux, fidèles défenseurs de la monarchie ! ... Et vous, administrateurs si éclairés, si dignes de donner vos soins à ce noble pays, je vous dois beaucoup, je vous dois d'avoir favorisé de tous vos besoins l'érection de ce monument. Il y a un an, vous payâtes, comme aujourd'hui, un tribut d'éloges au chef qui n'est plus. Je vous dois encore d'honorer dans ce moment, par votre présence, cette touchante cérémonie.

Généreux vieillard, dont la plume donna à l'histoire, les bienfaits du chef de ces contrées ! ami courageux, tu osas faire entendre ta voix dans un temps où la France tremblait sous un sceptre de fer ! Aujourd'hui, jouis sans trouble de ce beau jour, laisse aller ton âme aux douces émotions ; pleure, noble vieillard, la gloire de Charette semble t'appartenir, comme elle appartient à sa famille !

Salut Rochejaquelein, noble défenseur des lis, famille de héros malheureux !

Salut à toi, Sapinaud, Nestor de la fidélité vendéenne, guerrier à cheveux blancs, seul resté debout, après une lutte sanglante : Salut ! il t'appartenait de rappeler au peuple soldat, le guerrier dont tu fus l'ami et l'émule de gloire.

Touchant assemblage d'héroïsme et de vertus, veuves d'illustres victimes ! ... Que la Vendée est heureuse de vous voir réunies sur la tombe de Charette. Heureux encore, mille fois heureux celui dont la voix s'élève en ce moment pour dire un si beau jour.

Gloire à toi, Roi Chevalier, dont le noble courage t'entraînait vers les bords dangereux ! ... Tu voulais partager les travaux, les périls, et même les malheurs de ce peuple admirable armé pour la défense, et celle de son Dieu ! Gloire à toi qui soulageas ses misères, qui viens encore en ce jour répondre de nouveaux bienfaits sur lui ... Gloire, gloire à jamais à ton auguste famille.

Vendéens, chefs ou soldats ; amis, compagnons d'armes, ou rivaux de gloire de Charette (illustre assemblée !) de beaux jours éclairent la France ; mais s'ils s'obscurcissaient, ces beaux jours, Vendéens, je jure de mourir parmi vous, mourir sur cette terre tant arrosée du sang des miens ! ...

mais la France veut son Roi, elle le voudra toujours, toujours elle répètera avec nous :

VIVE LE ROI ! VIVENT LES BOURBONS".

 

Statue de Charette

 

 Bibliothèque du Vicomte Paul de Chabot

Archives Départementales de la Vendée

 

La statue du Général Charette a été réalisée par :

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Dominique Molknecht, né en 1793 à Castelrotto (province de Bolzano), mort en 1876 à Paris, est un sculpteur autrichien, originaire du Tyrol du Sud (à l'époque autrichien, actuellement Trentin-Haut-Adige en Italie).

En France, son nom apparaît selon plusieurs orthographes en plus de la plus fréquente : Molchneht, Molchnecht ; son nom allemand est Johann Dominik Mahlknecht.

 

 

Plus tard, en 1832, la duchesse de Berry, mère d'Henri V, héritier «légitime» de Charles X, tente de soulever la Vendée contre Louis-Philippe. Elle échoue. Pour faire oublier aux Vendéens la goût de la révolte, Louis-Philippe prend des mesures efficaces ; il décide notamment de faire détruire la statue de CHARETTE élevée à Legé. Il voulait ainsi que disparaisse le souvenir de ce chevalier au grand coeur, décidé à tout sacrifier à ses idées, le plus coriace des généraux royalistes. Le plus critiqué aussi, car CHARETTE n'était pas sans défaut : c'est peut-être ce qui le rend plus humain et par conséquent plus attachant.

 

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