Jean-Jacques de Vendel, devenu propriétaire du château d'Usage, commune de Huismes, par son mariage avec Louise de Houdan des Landes, perdit ses parents pendant la Révolution.

Né le 27 octobre 1789, il était le fils de Jean-Urbain de Vendel, seigneur des Teilles, et de la Martinière ; et de Marie-Jeanne Oré.

A la Révolution, ils habitaient Champigny-sur-Veude, qui était sous la domination des deux frères Volivart, dont l'aîné était administrateur du département : ceux-ci étaient de farouches révolutionnaires, et allèrent jusqu'à injurier et menacer Tallien, le président du comité de salut public de Tours et à ameuter la foule contre lui, lors de son passage à Richelieu.

On comprend qu'une ci-devant ne devait pas se trouver en sûreté dans un tel milieu. Jeanne Oré forme le projet de retourner dans sa famille à Thouars.

A la Saint-Jean 1793, elle part avec son fils Jean-Jacques, qui n'avait pas encore 4 ans. Elle fait un grand détour, et se dirige sur Saumur. A cette époque, Thouars, aussi bien que la région de Saumur, était au pouvoir des Vendéens. Se croyait-elle plus en sûreté dans ce milieu ? Toujours est-il qu'à partir de Saumur elle va suivre les Vendéens, jusqu'à son arrestation.

Il semble étrange que les Vendéens aient voulu s'embarrasser d'une femme et d'un jeune enfant, et les obliger à les suivre pendant plus de cinq mois dans les longues courses depuis Saumur jusqu'à la Manche, et retour au Mans. C'est cependant le système de défense qu'elle adoptera, après son arrestation, devant le tribunal révolutionnaire.

Voici les rapports sur son arrestation, et devant la commission militaire.

"An 2, 28 frimaire. Commission militaire établie par les représentants du peuple près l'Armée de l'Ouest.

Au 28 frimaire a été amené au comité par le citoyen Bergem officier de santé, par ordre du général Muller, la citoyenne Marie-Jeanne Oré, 39 ans, femme de Jean-Urbain Vendel ex nobles demeurant à Champigny-sur-Veude, district de Chinon départ d'Indre-et-Loire, avec Jean-Jacques Vendel son fils âgé de 4 ans - à elle demandé où elle a été arrêtée et pour quelles causes ? - A répondu que partie de chez elle depuis la St-Jean, et voulut aller à Thouars dans le sein de sa famille, elle passa à Saumur et qu'elle fut arrêtée par les brigands qui étaient alors maîtres de la ville ; et que conduite par eux à Châtillon, et fouillée par eux, ils la trouvèrent nantie d'un certificat de civisme, lui enlevèrent et la maltraitèrent ; qu'ils la conduisirent à Cholet, et lui firent passer avec eux la Loire à Varades, et l'emmenèrent à Laval, et qu'ils la laissèrent à Avranches, pendant le siège de Grandville ; et qu'alors ils la reprirent et l'emmenèrent par la Flèche au siège d'Angers ; qu'après ce siège, ils la conduisirent au Mans ; qu'elle s'informa où elle trouverait une municipalité, et qu'en ayant trouvé une, elle lui fit sa déclaration, dont elle n'a pu tiré copie ; qu'alors s'étant réfugiée chez le curé de cette commune, elle y a été prise par les troupes de la république ; puis conduite au représentant du peuple qui ne la trouvant pas absolument coupable, en firent mettre dans un caisson de l'ambulance et conduire par ordre du général Muller au tribunal révolutionnaire établi à Angers.

- Au comité, interrogé de déclarer où est son mari ?

- A répondu qu'il était émigré depuis deux ans, et qu'elle n'a reçu depuis ce temps que deux lettres venant de binge en Allemagne.

Interpellée à vider ses poches sur le bureau. Elle l'a fait et nous avons trouvé un catéchisme de l'évêque de Lory, livré aux flammes et remplacé par une constitution - un chapelet aussi jeté au feu, une pièce fanatique manuscrite et une proclamation imprimée au nom d'un prétendu Louis dix-sept.

Lecture faite, elle a déclaré qu'elle contenait vérité et a signé."

Le 11e de Nivose an 2 de la république française, une et indivisible le premier de la mort du tyran.

Nous, président et membres composant la commission militaire établie par les représentants du peuple français près les armées de l'Ouest réunis au lieu ordinaire de nos séances publiques, dans la cy-devant église des Jacobins de la commune d'Angers, avons fait venir de la maison d'arrêt la dénommée ci-après que nous avons interrogée ainsi qu'il suit :

D. Ses noms, âge, profession, demeure, et serment pris de dire la vérité.

R. S'appelle Marie-Jeanne Oré, femme Vendel, ci-devant noble, âgée de 36 ans, native de Thouars, domiciliée à Chinon.

D. Où est son mari ? - Qu'elle n'en a pas eu de nouvelles depuis deux ans.

D. Pourquoi elle a suivi les brigands depuis le mois de juin ?

R. Qu'elle a été emmenée par eux par force, et qu'elle n'a pu s'en tirer.

D. Si elle connaissait Lory cy-devant évêque d'Angers ?

R. Qu'elle ne l'a jamais connu.

D. Ce qu'elle voulait faire d'un catéchisme de sa façon ?

R. Qu'on le lui avait donné, et qu'elle et son fils n'en avaient fait aucun usage.

D. Quel usage elle voulait faire d'une proclamation au nom d'un prétendu Louis dix-sept ?

R. Qu'elle n'en avait fait aucun usage, et qu'elle ne l'aurait pas gardée si elle avait su qu'elle pouvait lui être funeste.

D. Si les réponses contiennent vérité et si elle peut la signer.

R. Qu'oui et a signé - Oré femme Vendel.

Séance publique du 11 nivose de l'an 2e.

Sur les questions de savoir si Jeanne Oré femme Vendel ci-devant noble et coupable.

D'avoir eu des intelligences avec les brigands de la Vendée.

D'avoir la femme Vendel suivi constamment cette bande de brigands et d'avoir été trouvée nantie de plusieurs signes de rébellion envers la patrie, entre autres d'une proclamation imprimée au nom d'un prétendu Louis dix-sept - enfin d'avoir provoqué le rétablissement de la royauté et la destruction de la république française.

Considérant qu'il est prouvé que la ditte femme Vendel a eu des intelligences avec les brigands de la Vendée.

Considérant qu'il est prouvé qu'elle a commis en ce qui la concerna les délits ci-dessus énoncés et dont elle est accusée.

Considérant par l'ensemble de ces faits qu'il est prouvé impérieusement qu'elle a provoqué au rétablissement de la royauté et à la destruction de la république française.

La commission militaire la déclare atteinte et convaincue de conspiration envers la souveraineté du peuple français.

Et condamne Marie-Jeanne Oré, femme Vendel, ci-devant noble native de Thouars, domiciliée à Champigni, près Chinon, à la peine de mort.

Et sera le présent jugement exécuté dans les 24 heures.

Déclare les biens de la ditte femme Vendel acquis et confisqués au profit de la république.

La commission militaire ordonne en outre que Jean-Jacques Vendel âgé de cinq ans, fils, de la ditte femme Vendel sera distrait des prisons de cette commune pour être sous la surveillance des autorités constituées d'Angers, afin qu'elles veillent avec soin et conformément à la loi à son éducation et entretien, jusqu'à ce qu'il soit autrement ordonné par les représentants du peuple.

Et le dit jour onze nivose ... Nous Joseph Roussel, membre de la Commission militaire établie près de l'armée de l'ouest par les représentants du peuple français, nous nous sommes transportés, assisté du citoyen Loizillon secrétaire greffier de la commission militaire, sur la place du Raliment de cette commune pour être présent à l'exécution du jugement à mort rendu ce jour contre la nommée Marie-Jeanne Oré, femme Vendel, laquelle exécution a eu lieu sur les quatre heures de Relevée.

Jean-Jacques de Vendel choisit la carrière militaire. Entré au service à 17 ans, il rentra dans ses foyers en 1815 ; il avait fait toutes les campagnes de l'Empire, était capitaine d'infanterie.

En 1817, il épouse Louise de Houdan des Landes, propriétaire du château d'Uzage, commune de Huismes : c'est dans ce beau domaine d'Uzage, aux ombrages calmes et reposants, qu'il passa le reste de ses jours, et où il mourut à un âge avancé, entouré de ses enfants et petits-enfants.

Bulletin - Amis du vieux Chinon - 1934