bleus 10

 

Un écho républicain des Colonnes infernales

Lettre du citoyen Primault, sous-lieutenant ; datée "de la citadelle Dapremont, ce 10 prairial de Lan 3e de la république une et indivisible" (28 mai 1795) et adressée par le signataire à sa mère.

 

L'adresse est ainsi libellée :

A la Républicaine

Vve Primault demeurant

à champednier district de

St Maixant département

des deux Sèvres

à Champdenier

Le sous-lieutenant (dont je respecte l'orthographe) débute en nous apprenant que même à l'abri d'une "citadelle", et tout en crânant ... sur le papier, les massacreurs aux ordres de Turreau étaient plutôt, comme on dit, dans leurs petits souliers, dès qu'ils avaient affaire à des brigands armés, et non plus seulement aux blessés, aux vieillards, aux femmes et aux enfants sans défense :

"Ma chère Mère,

Je vous écris celle-cy pour m'informer de votre santé je souhaite que la vôtre soit aussi bonne que la mienne et pour vous marquer en même tems des nouvelles de ce qui se passe dans notre quartier. premièrement je vous dirai que nous sommes cazarné dans un château depuis cinq semaines et que nous n'ausons pas sortir pour aller seulement chercher des légumes, dans le bourg, car le peu de monde qu'il y a sont tous aristocrate comme des chiens, ce n'est pas seulement ceux du bourg que nous craignons car ils sont en très petit nombre, et se disent patriote et bon républiquain mais nous nous lions pas trop à leur dire. sont ceux qui voisinent autour de cedit bourg car ils viennent nous attaquer presque toutes les nuits mais nous nous Moquons de ces brigands la, nous ne sommes dans cedit château appellé citadelle dapremon qu'au nombre de 340 hommes y compris soldats et officiers mais nous n'en craignons pas 3000 pourvu que la monition ne nous Manque pas, nous faisons de temps en temps mais avec crainte de petite sortie, nous allons par détachement au nombre de 100 hommes pour chercher du bleds pour nous faire vivre et pour faire vivre en partie la Garnison de Challan qui est à trois lieu de notre citadelle nous leur faisons passer de la farine et nous faisons cela avec crainte vu que quand nous sommes sorti hors de notre ford nous ne sommes pas fiers attendu que l'armée de charette, l'armée de joly, l'armée de Stofflet et celle de Savin nous environne de tout côté ..."

Quelques lignes plus bas, l'officier républicain se vante cyniquement d'un "coup" qu'il proclame "glorieux" et dont il donne le compte-rendu que voici :

"Je ne vous apprandrai peutêtre rien de nouveau car vous pouvez bien avoir vu les nouvelles, mais moi je peux vous L'assurer, je vous dirai que notre Général appelé Grignon où nous avons été deux moi édemi sous son commandemant, à fait un coup très avantageux et glorieux pour lui et de ceux qui lacompagnaient, à trouvé dans une forêts quatre cent brigands qui étaient blessée les a fait couper et fussillier de suite à poursuivi comme enragé ceux qui les gardaient et en ont tués trois cent quarante, il y avait plus de deux mois édemi que nous les charchions mais à force de chercher comme dit le proverbe on trouve."

Nullement incommodé par l'odeur du sang des malheureux "blessée" qu'il se faisait un jeu de "couper et fussillier" pour obéir aux ordres de Grignon, le sous-lieutenant Primault avoue néanmoins qu'au début de sa campagne le coeur lui avait manqué pour supporter ... les simples émanations de la pipe : et voici le curieux post-scriptum que ce massacreur de blessés écrit en marge de sa lettre :

"Autre chose à vous dire qui ne vous fera peut-être pas plaisir je vous dirai que je fume De la pipe car vous savez que dans les quartiers le soldats n'est guère propre surtout en temps de guerre on sent de mauvaise odeur ce qui m'empêchait de manger mais depuis que juse de cela je m'enporte beaucoup mieux je ne lai pas fait de mon aveu mais de celui du chirurgien major."

Que de bonnes pipes ce jeune scélérat - une fois aguerri - devant le feu de sa bouffarde - dut savourer pendant ses campagnes, en se repaissant du spectacle, des massacres presque journaliers dont chacun n'était compté par lui comme "un coup glorieux" !

La Vendée Historique

1913