Châtillon-sur-Sèvre fut le théâtre d’un mouvement de révolte assez considérable. Le peuple, comme il l’avait projeté, chassa violemment les prêtres constitutionnels, et remit à leur place, les prêtres catholiques. Les Révolutionnaires pour rétablir l’ordre, occupèrent militairement la ville, et replacèrent les intrus dans leur presbytère.

Une collision assez violente s’établit alors dans la ville. Mais les habitants faiblissent et s’enfuient ; les gendarmes les poursuivent : l’un d’eux atteignit au pied de la croix d’un carrefour, un paysan, armé d’une fourche et déjà épuisé par vingt-deux blessures. Rends-toi, lui cria-t-il ; rendez-moi mon Dieu, lui répondit le Vendéen et il combattit jusqu’à la mort (1).

(1) Voici comme M. Walsh raconte cet événement, en se servant des paroles de la femme qui l’avait renseigné :

Un dimanche, au mois d’août 1792, mon père était parti pour aller à la messe, il revint bientôt à notre métairie, accompagné de beaucoup de monde, il était rouge et animé. Nous voilà revenus sans avoir entendu la messe, dit-il à ma mère, notre curé n’a pas voulu prêter le serment à la nation et cette nuit, les Patriotes sont venus l’arracher de sa cure, mais nous le délivrerons.

En prononçant ces paroles, il détacha du mur un crucifix, il le plaça sur la table, et étendant le bras, il s’écria : Mes amis, jurons tous sur l’image de Jésus-Christ de délivrer son ministre. Nous le jurons, nous le jurons, dirent tous les hommes en s’avançant autour de la table et en levant la main. Après ce serment, un vieillard prit la parole : Mes enfants, nous n’avons pas entendu la messe aujourd’hui, disons le chapelet.

Cette prière durait encore, lorsqu’un cri : Aux armes ! se fit entendre. Mon père s’élance sur son fusil, mes frères l’imitent, j’en donne un à Guillon, mon fiancé, et je lui passe mon chapelet autour du cou... ils partent... Le soir, mon jeune frère nous arrive au galop. Nous l’avons, s’écrie-t-il, nous l’avons, M. le curé est délivré. Guillon s’est battu comme un lion, six des Patriotes qui ont arrêté M. le curé, sont tués, et demain les autres le seront.

M. le curé en compagnie de M. Baudry-d’Asson, étant entré dans notre maison, pendant la nuit, manifesta le désir de célébrer la messe. On s’empressa de préparer un autel, dans le bois voisin, sous le gros chêne de la sainte Vierge. Le crucifix qui avait reçu le serment de mon père, fut placé sur cet autel. Les femmes et les enfants l’entourèrent, tandis que les hommes armés de fusils, de fourches et de faulx se tinrent en sentinelles.

Le prêtre venait de communier lorsqu’un grand nombre de Patriotes pénétrèrent dans le bois. Ils crièrent : Vive la République ! et nous nous criâmes : Vive la religion ! Vive le roi ! La fusillade s’engagea aussitôt, nos hommes résistèrent longtemps, mais débordés par le nombre, ils furent obligés de se sauver. Le feu prit à l’autel, le prêtre tenant en sa main droite le calice et en sa main gauche le crucifix, s’écria : A moi, Royalistes ! Quelques paysans accoururent à son secours, Guillon en était un ; il n’avait plus de chapeau, son front était entouré d’un mouchoir ensanglanté, mais sa blessure ne l’empêchait pas de se battre. Le prêtre entouré de Royalistes, élève le crucifix, il exhorte à combattre pour Dieu et pour le Roi, mais en disant ces mots, il tombe mort. Tous ceux qui l’entourent fuient, Guillon seul, reste, il veut arracher le crucifix des mains du Patriote qui s’en est emparé, il se bat en désespéré, on lui crie de se rendre : Rends-moi mon Dieu, répond-il, et il expire. (Lettres vendéennes, t. I, p. 101.)

De la version des historiens ou de celle-ci, laquelle est la plus vraie ? Je laisse au lecteur le soin d’en décider. Pour ma part, j’inclinerais à croire que la dernière est la plus véridique.

Voici un autre fait qui a beaucoup d’analogie avec celui de Guillon. Ripoche fut pris les armes à la main ; les Bleus l’emmenèrent au pied d’une croix : Abats-la avec cette hache, lui dirent-ils, et tu auras la vie sauve. Ripoche prend la hache, ses camarades frémissent, ils se figurent qu’il va commettre un sacrilège, mais Ripoche se tourne vers les Bleus, et se jette sur eux; mais bientôt, succombant sous le nombre, il tient étroitement la croix embrassée et reçoit le coup de mort, en disant : J’adore le signe de ma rédemption.

 

Histoire de la Vendée

Abbé Félix Deniau

Tome premier