Sept de mes oncles ont fait la guerre : quatre du côté paternel, Jean, Pierre, Louis, Marie Deniau et trois du côté maternel, Boissinot, Joseph Chupin et Louis Humeau.

Louis Deniau fut tué à la grande bataille de Cholet, Jean et Marie Deniau sont morts des suites de leurs blessures, Pierre Deniau eut la poitrine traversée par une balle, au siège de Mortagne et survécut à ce coup mortel. Boissinot expira tout couvert de blessures dans les rues du Mans, Joseph Chupin et Louis Humeau, aussi braves que les autres, ont été préservés de tout fâcheux accident.

Mes aïeuls paternels et maternels ont vu leurs métairies incendiées et ont perdu tout leur avoir. Ils ont échappé avec leurs filles et leurs plus jeunes enfants au fer des égorgeurs, mais ils ont couru bien des fois, les plus grands dangers. Mon père qui n’avait que treize ans au commencement des hostilités, voulait à toute force accompagner ses frères aînés sur les champs de bataille, mais ils l’obligèrent à rester auprès de leurs vieux père et mère pour les secourir dans leurs besoins de chaque jour. En 1799 cependant il assista au dernier coup de feu de la Vendée, au choc des Aubiers. En 1815 il s’était encore enrôlé dans le corps d’armée de d’Autichamp, mais alors à la tête d’une boulangerie, dans la ville de Cholet, la municipalité royaliste le força de rester dans sa maison, pour y confectionner du pain destiné à la troupe.J’ai donc pu dire que ma famille avait pris une large part à la guerre de la Vendée et que je me suis trouvé parfaitement en position de la connaître dans ses plus intimes détails.

Abbé Félix DENIAU

Histoire de la Vendée

Tome premier