Combat de douze paysans vendéens contre douze soldats bleus

Au commencement de la guerre, M. de Sapinaud de la Verrie avait organisé un petit corps d'élite qu'il avait habillé de drap vert. Parmi eux se trouvaient Ouvrard, aubergiste aux Herbiers, et un des métayers du Parc Soubise, Blanchard, de la paroisse de Vendrennes.

Un jour, douze Vendéens de la petite troupe de Sapinaud opéraient une reconnaissance aux environs des Bois Verts, près de la route royale qui conduit des Herbiers aux Quatre-Chemins, quand ils aperçurent une patrouille d'un égal nombre de patriotes. C'était un parti de volontaires républicains de Fontenay-le-Comte, portant comme eux un uniforme en drap vert. Cette double circonstance inspira au chef des Vendéens un parti audacieux. Après avoir communiqué à voix basse à ses compagnons le plan qu'il a conçu et que tous adoptent avec enthousiasme, ils s'avancent résolument à la rencontre des Bleus qui crient : "Qui vive ?" Les Vendéens répondent sans hésiter : "Patriotes !" Ils défilent alors les uns près des autres sur deux rangs, un à un et en sens contraire. Quand le soldat Vendéen qui était en tête arrive à la hauteur du dernier républicain, il fait demi-tour et saute sur son adversaire ; ses camarades en font autant, une lutte corps à corps s'engage aussitôt. Les Vendéens avaient l'avantage de l'attaque, plusieurs furent néanmoins sérieusement blessés, mais les bleus furent tous tués.

Ouvrard était très jeune et très faible ; son adversaire qui était vigoureux et de haute taille ne tarda pas à le renverser. Il allait l'étrangler quand le pauvre Ouvrard s'écria : "A moi, Brejon, le brigand m'accache !" Brejon, qui avait déjà expédié son adversaire, vole au secours de son camarade et d'un coup de baïonnette cloue à terre le patriote sans attendre Ouvrard.

(Souvenir recueilli par mon oncle Alexandre de Chabot)

Paysans vendéens : biographies, silhouettes et faits d'armes - Comte de Chabot

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