Le 15 septembre 1792, le curé de Saint-Paul-Mont-Penit, Monsieur Ambroise Rivereau, était forcé, comme tant d'autres, d'abandonner sa paroisse et de prendre le chemin de l'exil.

Et pourtant, il ne voulait pas laisser son troupeau sans pasteur.

Une tradition locale, fidèlement conservée, nous dit qu'avant son départ, inspiré par un zèle qu'on serait tenté de taxer d'imprudence, il conçut la pensée de donner pour gardien aux brebis qu'il abandonnait. Jésus-Christ lui-même, toujours présent dans le tabernacle de l'église de Saint-Paul.

Après avoir célébré une dernière fois le saint sacrifice de la messe et consommé les saintes espèces contenues dans le ciboire, il laisse à dessein, dans le tabernacle, une hostie consacrée, qu'il enveloppe avec soin dans un corporal ; puis, il referme à clef la porte sur le divin prisonnier, éteint la lampe du sanctuaire et part pour l'exil, laissant son église et sa paroisse à la garde du Dieu de l'hostie.

Il avait mis dans la confidence de son pieux secret quelques saintes personnes de Saint-Paul, en leur confiant sans doute la clef du tabernacle. Ces geôlières privilégiées de Jésus-Christ caché dans son sacrement n'abandonnèrent pas l'adorable captif. Elle lui firent avec prudence de nombreuses et ferventes visites.

Mais un jour Saint-Paul, tout abrité qu'il était dans les profondeurs des bois, est envahi par les bandes impies, que la persécution lançait en tous sens sur les populations chrétiennes de la Vendée. Les profanateurs de nos temples viennent occuper militairement ce bourg solitaire, et pendant huit jours, ils font de l'église une caserne, et sans doute une écurie, comme ils faisaient partout ailleurs.

Les confidentes du pasteur exilé, comme Marie-Madeleine autour du Saint-Sépulcre, ne cessaient de rôder, à la dérobée, autour de l'église et de l'hôte divin, qui l'habitait toujours. Jésus-Christ restait là, jour et nuit, en présence des envahisseurs. Mais il voulut y rester, non pas seulement sous l'humilité de sa vie cachée, mais aussi dans sa puissance, comme le fort armé dont nous parle l'Evangile, et qui se charge de garder lui-même sa demeure.

C'est en effet la croyance traditionnelle et constante des habitants de Saint-Paul que Jésus-Christ, présent dans l'Eucharistie, a préservé leur église des flammes incendiaires, qui ont ravagé celles des paroisses voisines.

Les Vandales révolutionnaires n'essayèrent même pas d'y mettre le feu.

Cependant, leur seule présence dans le lieu saint qu'ils faisaient retentir de leurs blasphèmes, était une profanation qui soulevait la colère de cette religieuse population de Saint-Paul-Mont-Penit. Par l'initiative et sous la direction du vaillant capitaine de paroisse, Tallonneau, les paysans de l'endroit s'organisent, prennent les armes et se soulèvent en masse. Tout à coup, ils viennent cerner l'église et sommer les bleus de se rendre.

Ceux-ci, honteux de se voir ainsi traqués, sont résolus à se défendre, et veulent tenter une sortie. Ils se précipitent jusqu'au devant de la porte de l'église où les assiégeants les attendent, et se battent avec tout le courage du désespoir.

Mais les Vendéens, électrisés par l'ardeur de leur foi et de leur sainte indignation, font tête à cet assaut, et massacrent sans pitié les ennemis de leur Dieu, de leurs prêtres et de leur culte. Près de 300 cadavres de ces profanateurs restent sur le terrain, et rougissent de leur sang les marches de l'église.

Quand à l'hostie du tabernacle, elle resta cachée dans un humble demeure pendant toute la période révolutionnaire, c'est-à-dire pendant près de 10 ans. Lorsque l'heure de la délivrance sonna pour la Vendée, le curé nouvellement nommé de Palluau, Monsieur Lansier, célébrant la messe dans l'église de Saint-Paul, trouva l'hostie à la même place où Monsieur Rivereau l'avait déposée, et dans un état de conservation parfaite. Elle était aussi fraîche et aussi blanche que le jour où elle avait été consacrée.

Le vénérable doyen la retire du corporal, l'élève entre ses doigts et la montre à tout le peuple, qui la contemple et qui l'adore, avec le saisissement qu'on éprouve à la vue d'un grand miracle.

L'hostie miraculeuse de Saint-Paul-Mont-Penit n'est-elle pas comme un symbole du culte catholique, proscrit, caché, mais toujours vivant pendant la Terreur, en attendant le jour glorieux où il sortira de ses catacombes, pour jouir, en pleine lumière, de la liberté conquise par tant de luttes et achetée par le sang de tant de martyrs ?

Le Martyre de la Vendée

Bulletin Paroissial - Saint-Jean-de-Monts

1920

p. 15-16