UN GALERIEN COLONEL D'INFANTERIE ET CHEVALIER DE ST-LOUIS

CLAUDE-FRANCOIS STEVENOT, DIT "RICHARD"

CHEF DU CANTON DE PLOUBALAY-DINAN

EN 1796

Les derniers jours d'août, il annonçait la découverte des preuves de la trahison de Prigent. Une dénonciation lui avait permis, après trois jours de recherche, d'atteindre une espionne de Hoche : se présentant à elle, le 27 août, à onze heures du soir, comme un des capitaines de Richard, désireux de déposer les armes et de faire sa soumission aux lois de la république, il était parvenu à lui faire avouer que, depuis quinze mois, elle avait des intelligences avec Noël Prigent, de qui elle avait reçu deux mois plus tôt, pour l'adjudant général Ménage, commandant de la place de Dinan, à qui elle faisait son rapport tous les deux jours, la liste des émigrés rentrés en France pour reprendre les armes et celle des émigrés restés en Angleterre.

Ignorant l'identité de son interlocuteur, qui la questionnait sur son nom, elle lui répondit qu'elle était "la femme de Richard".

L'affaire était trop grave pour demeurer secrète. Le duc de Bouillon, prévenu par le premier bateau, envoya deux de ses émissaires : Jules Macé et Kersauson pour enquêter sur place. Ils ne purent interroger l'espionne ; Richard l'avait fusillée, mais le chef de canton, le 7 septembre, maintint devant eux toutes ses accusations, se réservant de donner lui-même au Prince des détails plus étendus.

Dès le surlendemain, Victor de la Baronnais, dont le rôle dans toute cette affaire semble avoir manqué de netteté, écrivait à Puisaye :

"Ce que vous ne savez point peut-être, c'est que M. Prigent est épié par des envoyés exprès par M. le Duc de Bouillon. Une chose très étonnante, c'est qu'on emploie dans des missions délicates un homme suspect ... Veuillez me marquer quel degré de confiance je dois avoir dans M. Prigent. Jusqu'ici j'ai peu aperçu l'utilité de ses voyages sur la côte. Je crains même, d'après un évènement important qui vient de se passer dans ma division, qu'il ne mette sa confiance dans des gens qui nous trahissent".

Quant à Richard, sans négliger de faire valoir ses services, il accuse sans ménagement son ennemi et demande à Puisaye de lui accorder une audience. "Le but de l'entrevue, que je désire que vous m'accordiez, est de vous communiquer un plan très utile à la cause du Roi et qui ne demande aucun retard. Beaucoup de détails à vous faire sur la conduite affreuse d'un homme à qui vous avez donné toute votre confiance et qui n'est rien moins coupable que de perdre notre parti et vous personnellement. Je tiens les déclarations d'une espionne de Hoche et de Ménage, que je fusillai moi-même le 27 août."

Le 19 septembre, il revient à la charge et réclame une entrevue, "le plus tôt que faire se pourra, tant pour les intérêts de la cause que vos intérêts personnels, principalement pour votre conservation. Il existe des hommes à qui vous avez donné la plus entière confiance, qui vous ont trahi et qui pensent perdre le parti. Le papier ne peut en souffrir le détail."

A défaut du général en chef, Richard allait pouvoir porter ses accusations et les soutenir devant le Prince de Bouillon. Celui-ci avait demandé à Victor de lui envoyer un de ses officiers pour conférer avec lui sur les besoins de sa division et sur le projet depuis longtemps caressé, et qui malgré l'échec de 1795 lui tenait toujours à coeur, de l'enlèvement de Saint-Malo.

La Baronnais lui proposa Richard, l'un des officiers "les plus intelligents de l'armée royale" et le plus qualifié pour cette mission ; Richard, qui de son côté demandait à voir le Prince pour une communication importante sur l'expédition préparée à Brest contre l'Angleterre, fut agréé et, muni de l'autorisation de son chef de division, débarqué à Jersey au début d'octobre. Il s'était engagé à revenir dans les vingt-quatre heures, mais il allait être contraint, bien malgré lui, à y séjourner cinq ans.

Auréolé de ses prouesses, le chef du canton de Ploubalay-Dinan en imposa tout d'abord au Prince par son aplomb et ses affirmations catégoriques. Sans étayer ses déclarations de faits nouveaux, il s'empressa de les reproduire par écrit, les 7 et 11 octobre, insistant sur les antécédents fâcheux de son ennemi, ses prétentions au titre exclusif de chef de la correspondance, ses ordres arbitraires donnés aux officiers royalistes pour entraver leurs mouvements et il l'accusa en terminant de "remplir les engagements qu'il avait contractés avec le général Hoche (en 1795), en lui rendant compte de nos opérations, autant qu'il a pu les connaître". Il promettait enfin de fournir, dès son retour à son poste, les preuves appuyées par ses collègues officiers qui l'avaient délégué pour cette mission.

Prigent, avec qui il réclamait instamment une confrontation, était absent de Jersey. Dès son arrivée ils comparurent tous deux, le 5 novembre, à la requête du général Gordon, commandant en chef et du capitaine de vaisseau Philippe d'Auvergne, Prince de Bouillon, devant le procureur général Henri Ripon et l'avocat général Durell.

La scène ne dut pas manquer de pittoresque, malheureusement la sécheresse du procès-verbal des juges jersiais n'en laisse rien paraître. Richard, en se dandinant suivant son habitude, répéta une fois de plus avec volubilité ses accusations antérieures, se fit fort de les prouver à son retour en Bretagne, mais n'apporta même pas un commencement de preuve.

Prigent, écumant de fureur, nia tout et repoussa du pied cette accusation de trahison, lancée par une espionne anonyme, et transmise par un inconnu qui cachait son nom, sa naissance, sa profession et il réclama, à défaut de la prétendue femme Richard, un procès-verbal de son interrogatoire et des témoins.

Il avait eu, à la vérité, le malheur de tomber aux mains des républicains qui l'avaient relâché en conséquence de l'amnistie accordée peu après, mais jamais il n'avait pris d'engagement avec le général Hoche.

Quant à l'échec du débarquement de munitions qui lui était imputé, il ne pouvait en être rendu responsable, la barque qui les apportait n'était pas sous ses ordres : guidant lui-même à ce moment un important convoi d'émigrés, il ignorait la date de son arrivée et ne la croyait pas aussi proche. Le reste n'était que verbiage et imposture, le succès des missions qu'il avait remplies depuis cinq ans suffisait amplement à le justifier.

Comme Richard avait dans sa première déclaration invoqué deux lettres de Le Veneur de la Roche, dont le Prince de Bouillon et Jules avaient eu connaissance, qui l'inculpaient, il en réclama le texte, ou au moins des extraits certifiés.

Impartiaux, les arbitres anglais se contentèrent de rédiger un procès-verbal de la confrontation, sans prendre parti eux-mêmes, mais il est évident à le lire que Richard a perdu la partie. Soutenu par tous les adversaires que Prigent s'était fait, il avait annoncé bruyamment son intention de confondre l'aide de camp de Puisaye et il n'avait apporté que des affirmations gratuites dont il promettait seulement la preuve une fois de retour à son poste.

Il est bien difficile, même aujourd'hui où la trahison de Prigent en 1795 est avérée, d'accepter les dires de son accusateur, qui, hâbleur sans scrupule, comme nous le verrons bientôt, était fort capable d'avoir inventé de toutes pièces l'histoire de cette espionne anonyme, pour perdre un ennemi dont il soupçonnait, mais ne pouvait prouver la félonie. Du fait que Prigent se soit montré lâche devant la mort et ait à deux reprises en 1795 et 1808 trahi ses compagnons pour sauver sa tête, on ne peut inférer, sans faits nouveaux, qu'entre ces deux dates il ait continué à le faire et les missions dangereuses, qu'il a remplies alors au péril de sa vie, semblent attester qu'il servait loyalement son parti.

Les chose se gâtaient pour le dénonciateur. Puisaye une fois de plus couvrait entièrement son aide de camp ; et ne cachait pas au capitaine d'Auvergne son mécontentement de l'avoir vu se mêler aux affaires de ses officiers, ce qui était "sa prérogative". Le prince se défendait en invoquant les suspicions dont Prigent était l'objet : "Je ne crois rien sans les preuves que M. Richard propose lorsqu'il sera de retour. Veuillez en prendre connaissance et jugez si je n'ai pas eu raison de me méfier d'un homme aussi gravement inculpé. Il est très certain que Hoche est au fait de notre communication et que lui parviennent des choses qui indiquent trop clairement l'infidélité de quelques-uns de nos agents : Qui est-ce ? Le temps nous l'apprendra ... Tous vos chefs des environs des côtes sont irrités contre lui."

Ces preuves annoncées, Richard était mis d'ailleurs dans l'impossibilité d'aller les chercher sur le continent. Dès le 26 septembre, le général en chef, sans attendre le résultat de la confrontation, ni même les rapports accusateurs, tançait vertement le chef de canton de Dinan pour le scandale causé par sa dénonciation et, après sa comparution devant les juges jersiais, lui faisait notifier par le gouvernement britannique la défense de rentrer en France. Macé, coupable de s'être plaint des agissements de Prigent, ne tardait pas à être définitivement relevé de ses fonctions de courrier. De son côté, La Baronnais, désireux de conserver les bonnes grâces du général en chef, lâchait son subordonné, dont il avait tout d'abord favorisé les démarches. "J'ai appris avec douleur, lui écrivait-il, le 11 décembre, les suites données à la dénonciation contre M. Prigent, je vous assure que j'y suis complètement étranger."

Quant à Prigent, le gouvernement anglais ne semble pas avoir été fâché outre mesure de ses ennuis, ainsi qu'il résulte de la lettre, qu'au nom du ministre de la guerre Windham, lui écrivit son secrétaire Woodford.

"Monsieur Wind.(ham) et moi avons reçu vos lettres des 29 novembre et ce ministre m'a chargé de vous dire qu'il est parfaitement convaincu de la fausseté et atrocité des inculpations faites contre vous par le sieur Richard. Mais néanmoins il se flatte que cet acte de vengeance de sa part vous apprendra à vous concilier avec plus de soin les officiers avec qui vous avez affaire et que surtout vous éviterez de blesser leur orgueil. Monsieur Wind.(ham) croit que votre réintégration à la correspondance et une mission qu'on vous donnera en peu de jours seront votre meilleure justification et que vous auriez tort d'en chercher aucune autre. Le sieur Richard ne doit pas retourner en France."

Abandonné de tous Richard fit tête à l'orage. A Puisaye, il envoie de longues lettres, véritables plaidoyers dans lesquelles il maintient ses accusations, refait une fois de plus l'exposé de ses services, proteste de son dévouement à la cause du Roi, et réclame la comparution de son ennemi devant un conseil de guerre. Si le Prince de Bouillon lui tient quelque rigueur des ennuis qu'il lui a attirés, il trouve par contre dans ses aides de camp, gentilshommes français en correspondance directe avec le Comte d'Artois et hostiles à Puisaye, des sympathies agissantes. Deux d'entre eux en particulier mirent leur influence à son service. L'un, le Marquis Marc-Antoine de la Boèssière, né à Keranno près de Guingamp, en 1766, officier de cavalerie, avait fait la campagne des Pays-Bas comme colonel attaché à la personne de Monsieur, l'avait accompagné à l'Ile d'Yeu ; l'autre, le Comte Paul-Emile de la Fruglaye, petit-fils de la Chalotais, et également vétéran de l'armée des Princes, plusieurs fois chargé de mission par le Comte d'Artois, sera le plus constant et le plus fidèle de ses protecteurs.

Comme Puisaye se gardait bien maintenant de lui envoyer le brevet de chevalier de Saint-Louis annoncé quelques mois plus tôt, le Comte de la Fruglaye adressait directement au Comte d'Artois les états de service du "brave Richard", et recevait d'Holywood la distinction demandée. Le 12 février 1797, à Saint Hélier, en présence du Marquis de la Boèssière, il procédait à la réception du nouveau chevalier, dont c'était la troisième promotion, dans l'ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Pendant que Richard se morfond dans la vieille forteresse de Montorgueil, dont le Prince de Bouillon a fait une caserne pour les émigrés en même temps qu'un arsenal et un dépôt de vivres, et cherche vainement à obtenir la levée de ses arrêts, les autorités républicaines des Côtes-du-Nord, renseignées par un ex-capitaine de chouans, qui pour vingt-quatre livres par mois trahit ses camarades, annoncent son prochain retour et tendent des pièges pour l'arrêter. Le commissaire du canton de Dinan, Jean François Denoual du Plessis, qui centralise les renseignements, signale à huit reprises, en 1796, 1797 et 1798, ses rapports avec les chefs locaux et son arrivée imminente comme chef de division à la tête d'un millier d'émigrés et d'un convoi important d'armes et de munitions. Un agent secret du Directoire, l'ex-adjudant général Massard, compromis dans la conspiration de Baboeuf, qui, employé par la police, après le 18 fructidor, parcourt le département sous le nom de Le Grand, indique même les nombreuses maisons qui lui donnent asile, à Pleurtuit, à Tréméreuc, à Ploubalay, etc., mais dénué totalement d'esprit critique et fidèle écho des "terroristes dinannais", il se contente de répéter, sans les vérifier, les bavardages des milieux qu'il fréquente.

La disgrâce de Puisaye et son remplacement à la tête de l'armée catholique et royale en 1798 par le Comte de Béhague, ne changèrent rien à la situation. Richard, qui avait perdu sa femme, née Renée Delacour, morte à l'Hôtel Dieu de Paris, sollicita du Prince de Bouillon la permission de passer en Bretagne pour chercher ses enfants, le général en chef le 5 mars 1799 s'y opposa. "Le réel but de son voyage est d'organiser une correspondance secrète avec son protecteur M. de la Fruglaye... M. Woodford nous a dit que ... Richard était un assassin, que le gouvernement en avait la preuve et qu'il était en conséquence consigné à Jersey. Je ne dois pas vous laisser ignorer des circonstances aussi graves dans le cas où elles vous seraient inconnues."

Regardé comme un imposteur, qualifié d'assassin pour avoir fusillé sans jugement une espionne, et même soupçonné de trahison, comme il résulte d'une seconde lettre de Béhague, du 14 juin, Richard devait dans son exil assister au triomphe de son ennemi Prigent, décoré également par sa Majesté de la croix de Saint-Louis "en considération de ses bons et loyaux services". N'espérant plus voir la fin de son exil, il se remariait à Jersey, le 25 août 1801, à une émigrée belge, Marie-Thérèse-Pétronille Colin, originaire de Jumet, arrondissement de Charleroi, et connue, au dire de Prigent, pour avoir été la maîtresse d'un certain Montagny, "non celui qui reçoit si complaisamment des coups de bâton pour avoir sa part de l'argent, mais celui qui avait été obligé de disparaître, après avoir eu l'adresse de se munir de bijoux et d'autres effets précieux appartenant à des émigrés".

La signature de la paix d'Amiens en 1802 eut pour contre-coup son expulsion de Jersey. Le premier Consul réclama du gouvernement britannique l'éloignement des côtes françaises des émigrés qui complotaient contre la république, sur l'ordre formel du général Gordon, gouverneur de l'île, Armand de Chateaubriand, Bertin, Macé, ainsi que Richard-Stévenot, car son véritable nom, confié à la discrétion de ses chefs directs, est maintenant connu du gouvernement britannique et même, grâce à ses espions, du gouvernement français lui-même, durent s'embarquer pour Londres à la fin de septembre 1802.

A leur arrivée, Bertin, Chateaubriand et Richard écrivirent au Duc de Bouillon pour l'aviser de la mesure dont ils venaient d'être l'objet et en reçurent un mot affectueux les félicitant d'un dévouement que leur attirait cette nouvelle preuve.

Pauvrement logés dans le quartier populaire de Soho, nos trois chouans allèrent grossir le petit noyau des irréconciliables, qui, refusant toutes les amnisties, préférèrent l'exil à l'abandon de la cause des Bourbons. Bon camarade, Stévenot, au moins les premiers jours, se montra empressé autour de son compagnon d'infortune Chateaubriand, que sa santé obligeait à garder la chambre. Celui-ci écrit le 5 octobre : "Richard m'a tenu compagnie une grande partie de la matinée et m'a apporté un livre pour me distraire." "Richard m'est le plus fidèle et celui à qui je dois le plus d'obligations", note-t-il encore le 7. Le 9 il écrit à sa femme restée à Jersey. "Pour l'ami Richard, il met à me rendre visite une touchante assiduité. Il ne me quitte presque pas depuis huit jours. Il me prête des livres, il me fait la lecture. Sans lui je mourrais d'ennui. Dès que je pourrai sortir j'irai le voir et lui témoignerai ma reconnaissance."

Il n'oubliait pas non plus ses intérêts et plein d'entregent et d'adresse, faisant à chaque occasion grand étalage de ses services et de ses blessures, il arrivait à détruire les suspicions que son différend avec Prigent, maintenant en demi-disgrâce, avait suscitées. Meilleur courtisan qu'Armand de Chateaubriand, il fréquente les lords, les ministres, les généraux et par son aplomb, sa souplesse et sa persévérance, il s'insinue dans l'entourage du Comte d'Artois et finit par regagner la confiance du gouvernement britannique. Après la rupture de la paix d'Amiens, il obtenait du Prince une mission confidentielle en France.

Dans le courant de mars 1804, le colonel Stévenot, car il est monté en grade, les poches garnies de cinquante mille livres et suivi de son domestique, débarquait à Jersey, porteur de lettres du sous-secrétaire d'Etat Hobart et de lord Hawkesbury, qui le recommandaient chaleureusement, et venait demander au Prince de Bouillon de faciliter son passage en France. Les quelques jours qu'il passa à Saint-Hlier, montré du doigt par les insulaires, "comme un personnage intéressant, parent du Roi Louis XVI", furent sans doute un baume pour son amour-propre et une réparation des avanies qu'il y avait jadis subies. Au début de juin il s'embarquait sur le cutter La Vénus, portant pavillon britannique ; au large de la côte du Cotentin, l'un des agents de la correspondance, Quintal, pilote de Port-Bail, vint le prendre pour le déposer aux environs de Granville. Magnifique, le colonel donna une demi-guinée à l'un des matelots qui l'avaient aidé à débarquer.

Déjouant la vigilance de la police de Fouché, le manchot, comme elle l'appelait, gagnait d'abord Paris, où il retrouvait sa fille Adélaïde-Marie, seule survivante de ses enfants, âgée de dix-neuf ans, qu'il n'avait pas vue depuis 1792, et la ramenait avec lui en Bretagne. Voyageant en poste, le pourboire aussi facile que la parole, il atteignit Dinan sans encombre, espérant trouver aux environs une maison hospitalière à laquelle il pourait la confier. La vieille gentilhommière du Vaumeloizele en Saint-Pôtan, isolée sur un plateau, que la vallée encaissée du Guébriant protège du côté de Pluduno, maison de correspondance bien connue des courriers des Princes, fut le refuge qu'il choisit pour elle. La propriétaire, Mme de Gouyon-Beaucorps, malgré son âge et ses infirmités, servait de tout son dévouement la cause royaliste, elle consentit à recueillir l'orpheline, dont on tairait le nom et qu'elle ferait passer pour sa nièce.

Libéré de ses soucis familiaux, Richard parcourut la région dinannaise, visita ses anciens compagnons d'armes et essaya de les enrôler à nouveau, mais sa faconde et ses libéralités furent dépesées en pure perte : la politique de Bonaparte avait porté ses fruits, la chouannerie était bien morte et il n'était plus au pouvoir de personnes de la ressusciter. Sa mission, qui devait durer trois mois, se prolongea beaucoup plus longtemps, faute de moyens de retour, car la correspondance était désorganisée. Après avoir vainement tenté de décider un batelier d'Erquy à le conduire à Jersey, il ne parvenait à aborder dans l'île qu'en janvier 1805.

Son premier soin fut de se présenter au débarqué au Prince de Bouillon comme porteur de nouvelles de la plus haute importance. Entr'autres renseignements il lui affirma avoir vu lui-même, dans le port intérieur, l'escadre de Rochefort, consistant en sept vaisseaux de ligne et en quelques frégates, en partie démâtés et désarmés et ne faisant aucun préparatif pour prendre la mer. Sur place, il n'y avait ni troupe embarquée ni à embarquer. A Brest, qu'il avait également visité, la flotte comprenait dix-sept vaisseaux de ligne français, cinq hollandais et sept espagnols, quelques frégates et corvettes et une quarantaine de navires de charges, nouvelles que le Prince, officier de marine, jugea bien extraordinaires et soupçonna avoir été inventées de toutes pièces. Un sel détail confirmé par ses propres agents, lui parut exact : la pénurie d'approvisionnement des deux ports et l'insuffisance des équipages par suite des désertions.

Ce qui ne l'impressionna pas moins fâcheusement fut la requête du colonel, qui lui demanda deux cents louis pour payer le bateau qui l'avait amené et les dettes contractées par suite de la prolongation de son séjour en France. Bien que jugeant la somme "exorbitante", il n'osa, eu égard aux lettres flatteuses qui l'accréditaient, lui répondre par un refus. "Je lui remis cette somme hier soir, écrit-il le 22 février à M. Windham, à tirer sur M. Cooke notre banquier ... avec le sincère espoir qu'il n'est pas une seconde édition de Méhée, car sa volubilité de langage me fait plutôt craindre qu'il nous trompe ou qu'il se trompe lui-même."

Les soupçons d'Henri d'Auvergne, étourdi par la faconde de Richard, n'avaient rien de surprenant : le cabinet britannique venait d'être magistralement dupé par un ancien septembriseur, le journaliste Méhée de La Touche, qui, évadé d'Oléron et passé au service de Fouché, s'était présenté à lui en 1803 comme un agent royaliste, avait extorqué à sa crédulité cent quatre vingt douze mille francs et en rentrant en France s'était empressé de publier le récit pittoresque de sa mystification.

Le 2 février, le colonel Stévenot, confié aux soins du receveur des douanes de Southampton, était dirigé sur Londres pour porter à Dowing Street, au Ministère de la Guerre, les résultats de sa mission. L'effronterie avec laquelle il y soutint ses "renseignements apocriphes" sur l'état des flottes de Rochefort et de Brest, acheva de le perdre dans l'esprit du Prince de Bouillon, qui le regarda désormais comme un menteur et un de "ces coquins que l'émigration nous impose et qui reconnaissent ainsi l'hospitalité qui leur est offerte et la libéralité de leur asile."

Si les ministres britanniques constatèrent à cette occasion le peu de crédit que méritaient les déclarations de Richard Stévenot, ils gardèrent la leçon pour eux, et la confiance du Comte d'Artois en son protégé n'en fut nullement ébranlée. Quémandeur infatigable, notre aventurier s'adressait au comte de Provence, alors réfugié à Mitau, en Courlande, lui envoyait un plan d'opérations, fruit de son imagination fertile, un état de ses services, et lui demandait la confirmation du brevet de colonel que son auguste frère, le Roi martyr, lui avait accordé le 22 janvier 1790. Le Roi de Mitau, trop heureux de reconnaître les services d'un si loyal et dévoué serviteur, lui faisait envoyer par le Comte d'Aravay, le 15 décembre, le brevet sollicité, chargeant toutefois le Comte de la Chapelle de vérifier les titres du postulant. Comme c'était précisément un de ses protecteurs, l'affaire ne traîna pas longtemps et en août 1806, Richard se voyait confirmé dans le grade de colonel d'infanterie.

Cette même année il recevait une seconde mission officielle, un commandement en chef, dira-t-il plus tard. Autour de Monsieur, les intrigues succédaient aux complots et les complots aux intrigues. Mais les hommes d'action devenaient rares. Georges et ses compagnons avaient péri guillotinés, Debar rongeait son frein en exil, sans pouvoir obtenir du gouvernement britannique, excédé des demandes de ses protégés et de leurs échecs répétés, l'autorisation de repasser en Bretagne pour y rallumer la chouannerie. Plus heureux Stévenot voyait mettre à sa disposition un navire de guerre, mais retardé et bientôt avarié par des vents contraires et par l'état de la mer, le vaisseau devait relâcher dans un port du Royaume-Uni et l'affaire fut remise.

Jusqu'à la fin de l'Empire le colonel Stévenot vécut à Londres, assez mal vu des Princes et du gouvernement anglais, si on en croit une note de police, recevant de la libéralité de l'Angleterre un secours quotidien de dix schillings et sa femme de cinq schillings. "Un gueux de cette espèce, écrit Prigent indigné, ne mériterait-il pas plutôt des coups de bâtons. Voilà comment les intrigants travaillent et parviennent plutôt que les honnêtes gens." Le Comte de la Chapelle, dont il avait gagné l'amitié par beaucoup de flatteries et par les récits fabuleux de ses exploits militaires, le couvrait de sa protection et l'employait comme secrétaire "à cause de sa belle main".

Au cours de ses missions périlleuses, l'homme de confiance de Puisaye finissait en 1808 par tomber aux mains de la police impériale et, une fois de plus, pour tenter de sauver sa misérable vie, il trahissait ses complices et dénonçait tous ceux qui lui avaient donné asile. Richard était hors de portée, mais sa vengeance parvenait cependant à l'atteindre dans la personne de sa fille, en provoquant son arrestation.

A vrai dire, la présence de Mademoiselle Stévenot au Vaumeloizel était déjà connue du Conseiller d'Etat, Réal, chargé de la police du 2e arrondissement, à qui elle avait été dénoncée en 1807, comme la fille du Prince de Bouillon, et correspondante de l'agence de Jersey et le sous-préfet de Dinan, Charles Néel de la Vigne, avait, le 2 novembre 1807, mobilisé des forces importantes de gendarmerie pour opérer une si précieuse capture.

D'après les Souvenirs qu'il a laissés, mais pour la rédaction desquels il a, peut-être volontairement, trop négligé de relire les pièces officielles qu'il avait eues entre les mains, le bruit courait dans la région que la Duchesse d'Angoulême vivait cachée au Vaumeloizel sous la protection d'une garde de fidèles. Le sous-préfet ainsi que l'officier de gendarmerie et le maréchal des logis qui l'accompagnaient, se portèrent de toute la vitesse de leurs montures jusqu'au grand perron de la porte d'entrée. Après avoir sonné quelque temps, une domestique revêche se présenta et les reçut fort mal. "Madame est sortie ... Elle est absente depuis quelques jours ... Elle n'a pas dit quand elle reviendrait ... Il n'y a personne au château."

Quelques instants après, une jeune femme en chapeau et de figure avenante, arriva et demanda aimablement les raisons de cette visite extraordinaire. Au nom de la Duchesse d'Angoulême, elle sourit malicieusement : "Messieurs, vous me faites trop d'honneur, quelle méprise !" Excusant l'absence de sa tante, elle se présenta elle-même, Adélaïde-Marie Stévenot, née à Paris, rentière. Un passeport en règle de la Préfecture de police confirma l'erreur sur la personne, qui n'était ni la fille du Prince de Bouillon, ni encore moins celle de Louis XVI. Néel de la Vigne, à qui le nom de Stévenot ne rappelait aucun souvenir, se retira avec des excuses et rendit compte à Réal qui l'approuva : Aucune raison ne s'opposait à ce que Mlle Stévenot continuât à demeurer chez Mme de Gouyon.

Mais lorsque Prigent, qui l'année précédente avait trouvé asile au Vaumeloizel, révèla l'identité de Richard Stévenot, sa fille qui avait passé inaperçue, tandis que sa "tante" avait été arrêtée à la suite des premières dénonciations du traître, prit aussitôt figure de dangereuse conspiratrice. Le brigadier de gendarmerie de Matignon, le 21 novembre, la conduisait à la maison d'arrêt de Dinan. Interrogée le lendemain par le sous-préfet, elle assura n'avoir jamais entendu appeler son père Richard et ne l'avoir connu que sous le nom de Stévenot, que lui ont toujours donné les personnes qui l'en avaient entretenue. D'ailleurs elle le connaissait peu, depuis le début de la révolution il les avait abandonnées, sa mère et elle, et elle n'en avait plus entendu parler.

Néel de la Vigne raconte que saisi de compassion par l'état de santé de Mlle Stévenot, gravement malade, il fit surseoir à son arrestation et la laissa en liberté sur sa promesse de venir se constituer prisonnière dans quelques jours. "Elle arriva chez moi rendue de fatigue et presque expirante. Ma femme, consternée, la fit mettre au lit tout de suite et, après quelques jours l'intéressante et malheureuse demoiselle s'occupa de la recherche d'un appartement et s'en procura un, dont elle ne sortit que pour être conduite au tombeau.

Le mal fit des progrès rapides et si désastreux que quand elle expira elle n'était plus qu'un véritable squelette. Ma femme reçut son dernier soupir. Ses derniers mots, qu'elle put à peine articuler furent : Merci, merci, madame. Dieu vous bénisse et vous récompense, et elle s'éteignit sans commotion."

Ce récit attendrissant de la fin d'une innocente victime de nos guerres civiles, rédigé par l'ancien sous préfet sous la Restauration, ou sous le règne de Louis Philippe, a le grave tort d'être contredit par les registres d'écrou et les rapports de gendarmerie. La réalité fut beaucoup plus brutale. L'appartement que la demoiselle Stévenot se procura, ou plutôt qui lui fut procuré, fut la prison où elle entra le 21 novembre. Elle en sortait mourante le 14 décembre pour être conduite à l'hospice civil. Après avoir langui près de deux mois, elle y expirait le 11 février, léguant ses effets aux pauvres de la ville.

La chute de Napoléon ouvrit au colonel Stévenot, peut-être trop tôt pour sa tranquillité, les portes de sa patrie. En mai 1814, il s'installait à Paris, rue Git-le-Coeur à proximité du faubourg Saint-Germain et, toujours aussi ambitieux, il postulait le grade de maréchal de camp, auquel d'ailleurs il avait peu de chance d'accéder ; ses hâbleries commençaient à être percées à jour et si les amis de Puisaye étaient trop peu en faveur pour obtenir des grâces, ils conservaient assez de crédit pour lui nuire.

La Commission du 3 novembre 1814, chargée d'examiner les titres des royalistes de Vendée à la reconnaissance du Roi, le note de la façon suivante :

"Stévenot, demeurant à Reims, bourgeois. A servi dans un corps de déserteurs dans la division de Dinan et du Clos-Poulet, depuis 1794 jusqu'en 1796. A reçu plusieurs blessures.

Observation - Cité comme très brave dans la première guerre. Fils d'un corroyeur de Reims. Soupçonné depuis plusieurs voyages à Paris et à Londres, où il fut arrêté, sans qu'il y ait cependant de certitude. Six blessures. Manchot. De plus, mal noté dans l'affaire de La Mettrie."

Pour vaincre les préventions qu'il inspirait, Stévenot fit du zèle. Déjà les maladresses des émigrés rentrés et particulièrement de l'entourage royal portaient leurs fruits, la Restauration, acceptée avec résignation par une grande partie de la nation comme un moindre mal, devenait de plus en plus impopulaire. Habile à fleurer le vent, notre aventurier, oubliant que certains procédés tolérés et même encouragés dans l'opposition, sont désavoués et regardés comme criminels lorsqu'on tient le pouvoir, voulut reprendre les méthodes de la chouannerie et constituer une légion royale d'irréguliers, qui s'opposerait aux machinations secrètes des Jacobins et des Bonapartistes. Il essaya d'intéresser le Comte d'Artois à son projet, en parla également au Duc de Berry, au Comte d'Escars et à M. de Blacas, et sans attendre une approbation peu probable et sans se soucier d'attirer l'attention de la police, il se mit à recruter dans les cabarets des volontaires pour la défense du trône.

Vraisemblablement sans avoir consulté la cour, le Directeur de la Police d'André le faisait arrêter le 25 février 1815. Des journaux trop pressés annoncèrent cette arrestation dès le lendemain. Le scandale fut d'autant plus grand que le prévenu insinuait que son projet, connu en haut lieu, n'y avait rencontré que des encouragements. On songea même pour étouffer l'affaire à faciliter son évasion, quand on découvrit que le colonel Stévenot, "le brave Richard", n'était qu'un galérien évadé du bagne de Brest en 1795.

Loin d'être le fils d'un riche corroyeur de Reims, jouissant de trente mille livres de revenu comme il s'en vantait, Claude François Stévenot était issu de gens de condition très modeste et avait vu le jour le 18 avril 1764, au village des Granges, à Plombières, dans les Vosges. Sans posséder la vogue que lui ont valu au XIXe siècle les séjours de Napoléon III, cette station thermale, connue déjà des Romains, était déjà à la mode au XVIIIe siècle et attirait une société distinguée, surtout après que le Roi Stanislas eut établi sa cour à Lunéville. On y rencontrait les Civrac, le président Hénault, le Duc de Saint-simon, Voltaire, Madame du Châtelet, Saint-Lambert, la Marquise de Boufflers, Beaumarchais, etc. Claude Stévenot, petit paysan à la mine éveillée, infirme presque de naissance à la suite d'une chute de son berceau dans le feu, qui lui avait fait perdre tous les doigts de la main gauche, dut sans doute exciter l'intérêt de l'un de ces hôtes de passage attirés par la bienfaisance des eaux et le charme des forêts de son pays natal, qui le fit admettre, autant qu'on peut se fier à ses dires, au collège Louis-le-Grand, où il reçut une éducation soignée.

La Duchesse de Mailly, qui le protégeait, l'amena à Paris, où il se maria vers 1787 et ouvrit, rue Saint-Honoré, près des Feuillants, un bureau de consultation qui ne dut guère prospérer, car il se faisait donner également par M. de Montregard, intendant général des Postes, un emploi à la petite poste pour la distribution des lettres. En 1793, il s'intitule par surcroît, directeur général d'agence française et étrangère. Ce cumul de titres cachait la misère ; en juin Stévenot était incarcéré pour dettes à Sainte Pélagie, d'où il trouvait moyen de s'évader pour ne se montrer qu'après le rétablissement de ses affaires.

Peu après, l'application des décrets révolutionnaires, pris après la journée du 10 août, lui valait un nouvel emploi, celui-là plus rémunérateur pour un besogneux sans scrupules. Nommé le 13, commissaire de la section parisienne de la Butte des Moulins, sur le territoire de laquelle il habitait depuis six mois, il se montra plein d'activité et jusqu'à la fin septembre fit de nombreuses perquisitions chez les suspects. Son zèle l'entraîna même à opérer au delà des limites de sa juridiction, notamment à l'hôtel de Périgord, rue de l'Université, domicile du  Comte de Périgord et de son fils le Prince de Chalais, et aussi du Duc de Mailly, d'où il rapporta tout un arsenal d'armes de luxe : fusils de chasse, sabres et pistolets ; au château de Virginie, en Marly, chez la demoiselle de Condé, et chez l'abbé Julien de la même paroisse, faisant s'éloigner chaque fois le propriétaire pour perquisitionner tout à son aise et négligeant de lui faire signer le procès-verbal. Ces illégalités n'étaient après tout que peccadilles puisqu'il s'agissait de ci-devant.

Oubliant toute prudence, il s'enhardit jusqu'à opérer de la même façon chez des bourgeois. Le 4 septembre, il instrumente de sa propre autorité dans la section de la Halle-aux-Bleds et pénètre chez le citoyen Duchatenay, domicilié 23, rue des Bons-Enfants, dont il emporte les papiers, les effets et l'argent, sans les avoir cachetés, et les conserve chez lui plusieurs heures, le temps de rédiger son procès-verbal, avant de les déposer au Comité de surveillance.

Quatre jours après, en compagnie du citoyen Guénot, un pur patriote, qui a été son guichetier à Saint-Pélagie, et est devenu commissaire de la section des Piques, il retourne dans le même quartier avec un détachement de sept gardes nationaux et d'un officier qu'ils ont réquisitionnés. Au nom de la loi ils se font ouvrir la maison du médecin Petit, momentanément absent de son domicile, consignent le domestique et la cuisinière dans l'antichambre, et de neuf heures et demie du soir à cinq heures du matin, mettent la maison sens dessus dessous, culbutent la bibliothèque, fracturent les serrures, brisent les armoires, faussent les cloisons, bouleversent le laboratoire et se retirent laissant les portes ouvertes, toujours sans rédiger de procès-verbal.

Cette fois le commissaire avait dépassé la mesure. Duchatenay se plaignait de la disparition d'une somme de dix mille livres, renfermée dans le secrétaire de son cabinet, dans lequel Stévenot était resté seul trois quarts d'heure. Dès son retour de sa campagne d'Olivet, près d'Orléans, le médecin Antoine Petit, professeur et praticien célèbre, membre de l'Académie de Médecine, fondateur de deux chaires à l'Ecole de Médecine de Paris, qui avait été naguère appelé, mais trop tard, à donner ses soins à Mirabeau mourant, fit dresser par les commissaires de sa section un constat des dégâts commis, et porta plainte contre les vols dont il avait été victime. On lui avait dérobé une paire de bracelets en diamant de trois milles livres, un cachet d'argent, une lunette d'Angleterre en bois d'acajou, une bague d'"agate onix", entourée de brillants, un pédomètre en argent et quelques menues monnaies.

A la suite de cette plainte, trois membres de la municipalité dénonçaient Stévenot, qui était révoqué de ses fonctions, et le 6 octobre, sur l'ordre du Conseil général de la commune, les scellés étaient apposés sur ses papiers, sur une petite boîte contenant des diamants et sur une paire de pistolets anglais. Quand on procédera à leur levé, le 27, on les trouvera intacts, mais tout aura disparu, sauf un amas de papiers relatifs à son bureau de Messageries.

Les plaintes des particuliers suivaient leur cours, l'ex commissaire, inculpé de tromperie "en supposition des ordres qu'il n'avait point, de violations de domicile, d'arrestations illégales et arbitraires, de fracture et de bris de porte, de délapidation, d'enlèvement d'armes, de papiers, titre, vaisselle, bijoux, d'argent et d'assignats, de levés clandestins de scellés, etc., était mis en état d'accusation à la Conciergerie et traduit devant le Tribunal criminel de la Seine qui, le 27 novembre, le condamnait à douze années de travaux forcés avec un boulet aux pieds, et à l'exposition pendant six heures sur la place de Grève, avec au dessus de sa tête un écriteau explicatif, et enfin à la restitution en nature ou en espèces des objets volés chez le médecin Petit.

Stévenot se pourvut en Cassation le jour même, mais son pourvoi fut rejeté le 22 février 1793 et après avoir subi l'ignominieux supplice du pilori, il était dirigé sur l'arsenal de Brest pour y purger sa peine.