"J'ai encore dans un coin de ma mémoire une anecdote authentique qui m'a été contée dans mon enfance par un ancien officier du premier Empire, et qui peint bien la tendresse des ancêtres de nos blocards pour le peuple. Par exemple, mes souvenirs sont trop lointains pour que je puisse préciser si le fait s'est passé en 1793 ou en 1794.

"Le vieil officier en question, M. Maupetit, avait alors sept ans et habitait avec ses parents une propriété dans les environs de Secondigny. Un jour, à la saison des foins, il avait suivi les faucheurs et était grimpé dans un cerisier pour manger des cerises, quand tout à coup un des travailleurs s'écria : "Sauvez-vous, mon petit monsieur, voilà les Bleus !"

"L'enfant, et tous les faucheurs à sa suite, coururent vers le logis dont la porte se referma bientôt sur eux ; seul un des travailleurs, plus éloigné ou moins agile, était resté au dehors ; les Bleus s'en emparèrent et, au seuil de la maison, écrasèrent entre deux pierres la tête du pauvre paysan. C'était sans doute pour le soustraire à la tyrannie du seigneur, comme aujourd'hui on supprime la religion catholique pour soustraire ses enfants à l'oppression de l'Eglise. Seulement, jadis on se défendait et maintenant on tend le cou à la guillotine sèche, pour ne pas contrister nos bourreaux ...

Louise FONTAINE

La Vendée Historique

1906