FAYE-L'ABBESSE

 

Ici point de grands monuments à la gloire de la Vendée. Pourtant le peu que l'on sait sur Faye-l'Abbesse est assez évocateur.

Tout d'abord le souvenir de soldats inconnus des grands historiens : Pierre-Louis-Henri de Lafargue qui avait commandé la cavalerie vendéenne à Parthenay, Pierre Roy, Joseph Fauchereau qui avait pris, à Thouars, un cheval de la cavalerie républicaine en déroute et qui fut le courrier de Pierre Cornuault, le maire (1).

On n'oubliera pas Hyacinthe Jolivet, le curé de la paroisse qui avait célébré un office divin pour les royalistes morts au combat et qui fut, qui plus est, accusé d'avoir désarmé (sans doute pas seul !) les patriotes de sa commune.

 

Faye-L'Abbesse signature Jolivet curé

 

 

Voici l'histoire de son arrestation M. Jolivet est un curé insermenté, on s'en doute, et de ce fait se trouve traqué sans relâche. Un habitant du village lui propose un abri sûr dans sa maison et notre brave curé s'y rend, heureux sans doute et plein de gratitude pour la bonne volonté de son paroissien. Il ne prend pas en considération, hélas, les avertissements de madame Chevalier, la femme du notaire. A peine rendu dans ses nouveaux pénates, on l'enferme dans une chambre pour, lui dit-on, sa propre sécurité. Il sera arrêté le lendemain 6 frimaire an II (26 novembre 1793) et guillotiné à Niort le 3 pluviôse an II ( 22 janvier 1794).

Dans le cimetière de Faye-l'Abbesse, en entrant, sur la droite, on découvre une curieuse tombe montée sur piliers. Il s'agit de la tombe de l'abbé Joseph Dézanneau, ancien vicaire du célèbre curé Barbarin de Nueil-sur-Argent. Une plaque rappelle sa déportation en Guyane et le souvenir du curé Jolivet.

 

signature curé Dezanneau

 

On raconte que lors du passage des colonnes infernales, Grignon, qui était apparemment très pressé, fit hâtivement allumer des incendies qui s'éteignirent d'eux-mêmes, évitant ainsi les destructions coutumières qui marquaient son passage. Il faut tout de même savoir que Faye-l'Abbesse, placé sur le passage incessant des colonnes bleues dut souffrir plusieurs scènes de massacres, viols et autres actes typiquement patriotiques.

Madame Chevalier, que nous avons déjà rencontrée un peu plus haut, raconte la chose suivante : "Un jour les bleus entrent à Faye-l'Abbesse après avoir massacré un grand nombre de vieillards, de femmes et d'enfants. Comme trophées ils ont rapporté les oreilles de leurs victimes enfilées comme des chapelets, et chose horrible ! ils font rôtir ces oreilles et les mangent à la vinaigrette en poussant des ricanements sauvages. Cette anthropophagie s'est renouvelée plusieurs fois."

 

Note :

(1) Tous furent arrêtés par le district de Bressuire, condamnés à mort et exécutés à Niort entre décembre 93 et mars 94. Pierre Cornuault fut exécuté le 4 nivôse an II (24 décembre 1793).

 Extrait tiré du livre "Promenade en Bressuirais" de Richard Lueil

 

QUELQUES NOMS D'HABITANTS DE FAYE-L'ABBESSE RELEVÉS DANS "LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE A NIORT" DE ANTONIN PROUST

FURGIER JEAN
Membre de la municipalité de Faye-l'Abbesse, a aidé les rebelles en recrutant pour eux, a même voulu contraindre le nommé Massé, de Faye-l'Abbesse à suivre l'armée vendéenne, et sur la résistance dudit Massé, l'a maltraité.
Condamné à mort - Exécuté à Niort, le 22 frimaire an II (12 décembre 1793).

VASON GABRIEL-FRANÇOIS
Officier municipal de Faye-l'Abbesse, a contresigné des passeports émanant du conseil des rebelles établi à Châtillon.
Condamné à mort - Exécuté à Niort, le 22 frimaire an II (12 décembre 1793)

JOLIVET HYACINTHE
Ci-devant curé de Faye-l'Abbesse, âgé de 40 ans,
A fait désarmer les patriotes de Faye-l'Abbesse, et donné des listes de proscription au conseil des rebelles.
Arrêté le 6 frimaire, à Faye-l'Abbesse, par Pierre Viard, chasseur à cheval.
Condamné à mort - Exécuté le 3 pluviôse an II (22 janvier 1794)

CHARBONNIER FRANÇOIS, 43 ans
Laboureur à Faye-l'Abbesse ; pillage à Parthenay, menaces aux citoyens Courtel, Chevalier et Pignon.
A fait arrêter ces deux derniers.
Condamné à mort - Exécuté à Niort, le 13 ventôse an II (3 mars 1794)

9 pluviôse an II (28 janvier 1794)
TEMPLIER PIERRE et PERROCHON FRANÇOIS,
demeurant à Faye-l'Abbesse.
Condamnés à la détention jusqu'à la paix.

5 ventôse an II (23 février 1794)
ROY PIERRE, âgé de 25 ans, journalier, et
FAUCHEREAU JOSEPH, âgé de 27 ans, tisserand, demeurant l'un et l'autre à Faye-l'Abbesse.
Ont pris part comme pillards et instigateurs aux révoltes et émeutes contre-révolutionnaires qui ont affligé nos contrées ;

ROY en étant allé avec d'autres attroupés piller du pain, du vin, du lard et autres comestibles dans différentes maisons, en ayant monté la garde à Faye-l'Abbesse avec un fusil, suivi les rebelles dans différentes expéditions, notamment à Thouars et en ayant menacé les patriotes qui ne les voulurent pas suivre ; en ayant participé aux pillages faits par ordre du comité établi des rebelles, dans les greniers des différents patriotes, vivant du pain qui provenait des grains volés et volant des habillements ;

FAUCHEREAU en ayant reçu également du pain que lui donnait le comité, pain fait des grains pillés chez les patriotes, en ayant suivi les rebelles à Thouars d'où il ramena un cheval pris sur la cavalerie de la république, qui y fût mise en déroute ; en ayant trahi sa patrie, s'étant vendu pour la paroisse de Faye-l'Abbesse et ensuite ayant passé avec les rebelles et arboré la cocarde blanche, signe de rébellion, en ayant dit que les rebelles étaient de braves gens, qu'ils ne lui avaient point fait de mal, qu'il les servirait tant qu'il pourrait et les suivrait partout où ils voudraient ; en leur servant d'espion et de courrier et rapportant des dépêches au nommé Cornuault, chef des rebelles et au curé de Faye-l'Abbesse.
Condamnés à mort - Déclaration de l'exécution, 13 ventôse an II (3 mars 1794)

MORTS DANS LES PRISONS DE NIORT

BONNIN GABRIEL, de Faye-l'Abbesse, ci-devant juge de paix - 23 novembre 1793

PROUST RENÉ, âgé de 40 ans - 5 mars 1794