Un martyr oublié, le curé de Noirterre (1) 

Noirterre église

 

Charles Cornuault était, lors de la constitution civile du clergé, curé de Noirterre, un petit village à 8 kilomètres au nord-est de Bressuire. Chassé de son église par les administrateurs du district de cette ville pour refus de serment, il dut se réfugier pendant quelque temps chez ses parents tandis qu'un "truton" prenait sa place auprès de ses ouailles.

Contraint d'obéir à la loi de déportation, et à ses parents qui jugèrent sa présence indésirable, il se mit en route avec deux autres prêtres dans sa situation. Hélas pour notre malheureux homme de Dieu, le délai accordé par cette sinistre loi était déjà expiré quand il se décida à partir. Le curé Cornuault est dès lors arrêté avec ses confrères et le district de Bressuire décrète de le faire emmener à La Rochelle en vue d'être embarqué pour la Guyane. En attendant le jour du fatidique voyage, les trois compagnons d'infortune sont emprisonnés avec un autre prêtre condamné pour les mêmes motifs. L'embarquement ne commencera qu'au printemps 1794 et nous ne sommes qu'au mois de mars 1793.

Un général républicain (2) combattant les premières insurrections vendéennes, vaincu par les "géants" se trouve à la même époque accusé de trahison (c'était là une évidence dans l'esprit républicain) et emmené dans la même prison que notre pauvre prêtre de Noirterre. Les administrateurs du district de La Rochelle, craignant qu'il n'ait quelque intelligence avec ce républicain, (où se loge quelque fois la stupidité !) prennent parti de transférer les prêtres sur l'Ile de Ré tout en sachant qu'ils avaient peu de chance d'y arriver vivants, compte tenu de la véritable crise de folie qu'avait suscité la déroute des troupes tricolores. Des soldats sont chargés de les conduire, en ce jour du 21 mars, au port pour y être embarqués.

En attendant ce nouveau tourment, les malheureux sont introduits au corps de garde. Soudain, une populace en furie arrive en trombe et les massacre. Les têtes tranchées sont portées au bout de piques tandis que les corps sont traînés lamentablement dans les rues de la ville. Un juge de paix vient constater les faits et, sans s'émouvoir outre mesure, dresse un procès-verbal dans lequel ne sont curieusement mentionnés ni l'âge des victimes ni les noms de deux d'entre elles.

L'administration, qui cherche comme toujours à protéger les criminels, retiendra dans ses paperasses du 24 mars 1793 que le 21 mars de ce mois, à La Rochelle, les dénommés "Cornuault, L. Hulé (3), Christophe Violleau, (4),  M.J.M. Ogeard (5), (écrit dans le rapport Augeard), Dauche et A. Vergé (6)" ont été massacrés sur le port au moment d'être embarqués pour l'Ile de Ré. "Ils ont été inhumés dans le cimetière St Jean, réuni à celui de St Barthélémi, paroisse de cette ville". Même si Mgr de Coucy adressa le 8 mai suivant à son clergé une lettre proposant les prêtres Violleau, Cornuault et Ogeard comme modèles, le pauvre curé Cornuault ne revit jamais sa chère paroisse. Quel était donc son crime ? meurtrier ? Violeur ? Voleur ? Non rien de tout cela, il prêchait simplement l'amour de son prochain et la parole du Christ, mais cela, quel crime !

 

Notes :

(1) D'après "Les martyrs de la foi pendant la révolution française" par l'abbé Aimé Guillon, Paris, 1821, tome II, P 478 à 484.

(2) Il s'agit de Marcé, arrêté le 20 mars à La Rochelle après sa cuisante défaite de la veille à La Guérinière, en Saint-Vincent-Sterlanges. Les inconditionnels de l'Armée du Centre retrouveront le récit de ce combat, qui donna à la "Guerre de Vendée" son nom, dans 'La guerre au Bocage Vendéen" A. Billaud 1960, op. cit. P 109

(3) M. Hulé était curé de Largeasse, dans le Moncoutantais, Voyez l'"Histoire de la Ville de Bressuire" par Bélisaire Ledain, 1880, op. cit. P 366.

(4) Nous faisons allusion à Christophe Violleau, curé de la Chapelle Gaudin, dans le texte sur Montravers.

(5) Michel-Jean-Marie Ogeard était curé de Noirlieu.

(6) Les pères Dauche et Verger étaient des religieux de Saint-Laurent-sur-Sèvre.

 

Extrait tiré du livre " Promenade en Bressuirais" de Richard Lueil