M. Charles RETAILLEAU, curé

Les LANDES-GENUSSON

1790-1793. — M. Charles RETAILLEAU, curé.

 

Les Landes-Génusson

 

Chesneau, vicaire des Landes (ancien vicaire de la Séguinière près de Cholet).

M. Charles Retailleau signe au registre le 28 mars 1790 avec le titre de curé des Landes-Genusson. Il avait été précédemment vicaire des Landes de 1761 à 1779, puis, curé de Sainte-Soule, en Aunis. Ancien vicaire, originaire de la Verrie où sa famille jouissait d'une considération méritée, ce saint prêtre n'était donc pas un inconnu pour les paroissiens dont il devenait le pasteur. Nous l'avons qualifié saint, et l'épithète ne paraîtra peut-être pas exagérée quand on saura que, mettant scrupuleusement en pratique les conseils évangéliques, il vendit tous ses biens pour en employer le prix à des bonnes oeuvres : soulagement des pauvres et des infirmes, restauration et décoration de l'église, etc...

 

 

signature Retailleau Landes Génusson

 

 

"Mon grand-oncle Retailleau, nous écrivait M. Bouchet, curé de Chambretaud, le 7 août 1795, a laissé dans ma famille le souvenir d'un saint. Il paraissait heureux quand il entendait gronder le tonnerre : on le voyait alors ouvrir sa fenêtre, comme pour mieux jouir ; et, si on lui demandait raison de sa joie et de son contentement, il répondait que, "lorsqu'il tonne, bon nombre de pécheurs demandent pardon à Dieu et qu'il se commet moins de péchés !..." Ne redoutant point la mort, il n'a jamais abandonné sa paroisse. Il avait eu soin de se débarrasser, de son vivant, de toutes les richesses qui n'ont pas cours au ciel..."

C'était bien le prêtre exemplaire qu'il fallait à la paroisse des Landes aux mauvais jours de la Révolution. Ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé et ne voulant pas quitter son cher troupeau, M. Retailleau se retira dans une maison du bourg, appelée "le grand logis", et continua d'exercer son zèle et sa charité avec un dévouement qui devait le conduire à la mort.... et à la gloire.

Dans les papiers de la Fabrique on trouve une double feuille intitulée Registre des sépultures sans prêtre, au rapport des témoins. Ce titre n'est pas exact ; car M. Retailleau, curé, y est mentionné, à plusieurs reprises, comme ayant présidé à des sépultures, notamment le 5 septembre 1793, les 18 et 22 octobre de la même année. Y figure aussi au même titre le nom de M. Desjardins, qualifié desservant de la Gaubretiére. Nous y trouvons la preuve que la peur ne le retenait pas oisif dans la retraite où il se cachait, et que le bon pasteur était prêt à donner sa vie pour ses brebis, à l'exemple de son divin Maître. Cette gloire, en effet, lui était réservée.

A la mairie, les registres des sépultures sont signés Minier, agent aux Landes. Le maire d'alors est un nommé Gaborit ; il est mentionné, pour la première fois, le 6 pluviôse an III.

Laissons M. Aillery nous faire, dans sa chronique, le récit des douloureux événements de cette époque.

"Le 7 février 1794, une colonne républicaine, forte de 1100 hommes, allant en correspondance de Montaigu à Mortagne par Tiffauges, et trouvant les ponts de ce dernier lieu coupés, vint par les Landes pour reprendre la route de Mortagne.

Au pont de Chambrette, cinquante hommes du pays observaient ce qui se passait. A la vue des républicains, ils firent une décharge et prirent la fuite. Les républicains les poursuivirent jusqu'au bourg où ils prirent toutes les personnes qui s'y trouvèrent, femmes et enfants, et les conduisirent au nombre de cent dans un champ près du bourg, sur la route de Tiffauges, et les fusillèrent au nombre de quatre-vingt-huit. Une douzaine de personnes seulement trouva le moyen de se sauver. Après la fusillade; les républicains coupèrent par morceaux les enfants et autres qui n'étaient pas morts. Depuis ce temps-là, ce champ a toujours porté le nom de champ du massacre.

Ce même jour, une partie du bourg fut brûlée. Le dimanche de la Passion, même année, les républicains se rendant de Mortagne à Montaigu, après avoir tué les personnes qu'ils trouvèrent dans le bourg, entre autres M. Retailleau, curé de la paroisse, qui fut exécuté dans un champ appelé le patis de la Tizonnière, brûlèrent l'église et les maisons qui existaient encore.

 

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[Dans sa retraite du Grand-Logis, située dans la grande rue, en face de celle qui conduit au presbytère, sa présence était peu soupçonnée et, en cas de danger, la fuite devenait facile. Le péril semblait-il le menacer on le prévenait, et il se sauvait par une porte du fond du jardin, à trois cents mètres de là, dans un grand champ appelé le Pâtis de la Tissonnière. Il s'était aménagé là, au milieu d'une haie épaisse, une petite cachette très difficile à découvrir. Une fois dans ce refuge, il pouvait facilement échapper aux recherches les plus minutieuses des soldats républicains, à moins d'être trahi, ce qu'il n'avait pas à craindre de ses paroissiens. Mais Dieu voulut le sacrifice de sa vie, pour donner sans doute un grand exemple de dévouement aux habitants des Landes.

La peur d'être découvert ne le retenait pas oisif, et les registres de la Fabrique constataient qu'il a fait des sépultures en sa paroisse pendant le règne le plus dangereux de la Terreur, notamment le 5 septembre 1793 et les 18 et 22 octobre suivants.

M. l'abbé Bouchet précise les circonstances de la mort de M. Retailleau : "Le saint prêtre s'était caché dans le buisson, près du bourg, quand arrivèrent les soldats. Sa soeur, surnommée la bonne soeur à cause de son dévouement pour les pauvres et les enfants, et sa servante se trouvaient non loin de là. Il s'empresse de sortir de sa cachette pour les prévenir du danger. C'était trop tard. Il est aperçu par les soldats qui déchargent sur lui leurs fusils et l'achèvent à coups de sabre. Quelques instants après, sa soeur était fusillée à son tour. Seule, la servante put échapper à la mort par la fuite.

M. Bouchet ajoutait : "Un des frères du bon curé des Landes fut sabré, à la tête de ses cavaliers, à la bataille de la Tremblaye. Un autre, vieux et criblé de blessures, se fit attacher sur son cheval pour pouvoir continuer à se battre, au dernier combat de Rocheservière. Frères et soeurs étaient dignes les uns des autres." (Extrait : Le Clergé Vendéen par Armand Baraud)]

Vers le mois de mai de la même année, les royalistes et les républicains se rencontrèrent auprès du bourg, dans un clos de vigne appelé le fief de la Pommeraie. Ces derniers furent repoussés jusqu'au bois de futaie de la Boucherie, à la distance d'un kilomètre environ. Le choc paraîtrait avoir été très fort, puisque les ouvriers qui ont exploité le bois ont trouvé une grande quantité de balles dans le tronc des arbres"

La feuille de registre des sépultures sans prêtre dont nous avons parlé plus haut contient une assez longue liste de noms ; mais trois noms de femmes seulement sont accompagnés de la mention tuée par les Républicains ; les voici : Perrine Retailleau, âgée de 50 ans, le 3 février 1794, femme de Charles Audureau, de la Vincendiére ; — Perrine Audureau, âgée de 15 ans, les deux enterrées par le sacristain ; — le 7 février, Marie Chassereau, veuve de Jean Micheneau, âgée de 70 ans, inhumée par ses parents.

Aux Landes, comme dans la plupart des paroisses du bocage, la Révolution a laissé bien des lugubres souvenirs. A la suite des faits qui précèdent, beaucoup d'autres faits mériteraient sans doute d'être rapportés dans sa chronique ; malheureusement, après un siècle révolu, la tradition orale nous les transmet sans précision et parfois même visiblement altérés. Nous recueillerons néanmoins, faute de mieux, ces miettes historiques, d'après des notes qu'on a eu l'obligeance de nous communiquer.

"A l'approche des Bleus, qui furent les auteurs du massacre, un M. Chesneau s'était enfui, laissant son jeune enfant à la garde d'une femme âgée, nommée Testaud. La pauvre femme fut arrêtée par la troupe avec l'enfant confié à ses soins ; elle demanda grâce pour lui, et réussit en affirmant qu'il était le fils d'un bourgeois retiré à Nantes, ne faisant pas partie de l'armée vendéenne. Les soldats crurent sans doute que l'enfant était le fils d'un patriote et le relâchèrent avec sa gardienne. Celle-ci se trouvait à quelques pas du champ où furent exécutés 80 de ses compatriotes..." (Témoignage de Pierre Gréau et de ses soeurs, arrière-petits-enfants de cette femme.)

"Une autre femme, du Petit-Douet, qui avait réussi à s'échapper avec deux petits enfants encore au berceau, se tint cachée avec eux dans des bruyères pendant le massacre, à quelques centaines de mètres à peine du lieu de l'exécution. Les chiens des Bleus vinrent rôder tout près d'elle et des enfants ; mais les deux innocentes créatures, qui pourtant venaient d'être bousculées, dans le sauve-qui-peut, et jetées précipitamment sur les broussailles, ne poussèrent pas le moindre cri révélateur et dormirent paisiblement jusqu'à la nuit. "La Sainte Vierge m'a sauvée, disait ensuite la mère avec un accent de foi reconnaissante ; c'est elle qui a bercé mes petits enfants ; car je n'ai pas cessé un instant de lui dire mon chapelet..."

"Le massacre terminé, les égorgeurs mirent le feu à toutes les maisons du bourg et à la petite chapelle qu'avait fait bâtir M. René Desraoul où l'on vénérait une statue miraculeuse de la Sainte Vierge. Cette statue fut renversée et brisée. Ils brisèrent ensuite la cloche de l'église : Deux malheureux habitants des Landes les aidèrent dans cette besogne impie ; mais une telle flétrissure s'attacha dès lors à leurs noms, qu'ils durent quitter le pays pour aller cacher ailleurs leur honte et leur remords. L'un des deux se nommait Bidin. C'est sur l'avis qu'il donna de frapper la cloche à l'intérieur que les vandales de la République réussirent à la mettre en pièces.

Ils firent aussi brûler quantité de précieuses reliques, objet de la vénération des fidèles de la contrée, notamment celles de saint Léger, évêque d'Autun, celles de saint Eutrope et des liasses de précieux papiers....

Pendant que le bourg était la proie d'un vaste incendie, un certain nombre de personnes blotties dans une cachette, à quelques pas de l'église, apercevaient les Bleus contemplant leur ouvrage avec une satisfaction cynique. Une poule qu'ils se mirent à poursuivre pour en faire leur pot-au-feu, se précipita vers la cachette et faillit perdre tous ceux qui s'y trouvaient. renfermés. Une femme eut alors la présence d'esprit de la rejeter vivement par dessus le mur : les tourbillons de fumée la favorisant, sa manoeuvre n'éveilla pas le moindre soupçon. Cette cachette se trouvait du côté sud de l'église, dans une maison qui est aujourd'hui la propriété de M. Brochard, épicier. C'était une sorte de couloir à ciel ouvert entre deux murs dont l'unique entrée était une porte blanchie à la chaux, et masquée par une armoire.

A dater de ce moment, le bourg n'était plus habitable ; on le quitta pour les champs de genêts et les taillis. Les soldats de la Révolution inspiraient une telle frayeur que personne n'osait plus retourner à ses foyers. On rapporte qu'après une attaque, qui avait mis tout le monde en fuite, Sapinaud, blessé, traversant le bourg, n'y put trouver qu'une seule femme, accouchée, de la nuit précédente. Elle avait été abandonnée sur son lit, à la merci de la Providence. La pauvre femme voulut cependant se lever ; elle pansa avec un soin affectueux la plaie du général qui put continuer sa route

Les Bleus incendièrent aussi toutes les fermes de la paroisse, excepté le Plessis et la Nauliére, qu'ils ne purent sans doute découvrir.

Une bonne partie des habitants se tenaient cachés dans les Crépines de la Bourdonnerie. Ceux qui restaient dans les alentours des fermes, durant le jour, étaient sans cesse menacés d'être découverts par les patrouilles républicaines. C'est ainsi qu'un détachement de Bleus, se dirigeant, à travers champs, vers Saint-Symphorien, emmenèrent prisonniers les Mandin, de la Berlandière, et plusieurs femmes et enfants de la famille Challet, de l'Angenaudière, qu'ils surprirent dans le patis blanc…Leur intention évidente était de les passer par les armes ; mais le commandant de la petite garnison de Saint-Symphorien, qui improuvait les massacres inutiles exécutés par ses pareils, céda aux sentiments de l'humanité et de la pitié que lui inspirait ce groupe de femmes tremblantes et inoffensives. "Citoyennes, qu'êtes-vous venues faire ici ? leur dit-il; retournez promptement à vos foyers."

Le président de la commune des Landes, Charles Chiron, de la Grande Liziére, fut particulièrement en butte aux vexations des Bleus. Toutefois, son sang-froid imperturbable le servit à souhait en plusieurs circonstances difficiles, et il ne consentit jamais à leur livrer les clés de la mairie. Pour se venger, ils mirent le feu à sa maison. Peine inutile : le prévoyant président en avait fait enlever tous les meubles et les avait fait transporter en lieu sûr, dans des champs de genêts...

François Roy, de la Petite Bourdolliére, qui aperçut les flammes du haut d'un cerisier, accourut en toute hâte, accompagné d'un nommé Jean Brin, de la Cour, et tous les deux réussirent à éteindre en partie l'incendie. Les Bleus, de plus en plus furieux contre lui, ne s'en tinrent pas là. Dans une de leurs perquisitions, ils rencontrèrent, un jour, sa fille Jeanne, âgée de 14 ans, gardant son troupeau au Passenard. Les uns voulaient la tuer, les autres l'emmener prisonnière au camp de Mortagne. Ce dernier avis prévalut et fut exécuté.

En traversant le bourg des Landes, les soldats trouvèrent une vieille femme occupée à mettre du mil dans un coffre ; ils la traînèrent sur le seuil de son habitation, et l'un d'eux lui enfonça brutalement un bâton pointu dans le corps.

A Saint-Martin, le détachement rencontra encore une femme âgée qu'ils emmenèrent, celle-là, au camp de Mortagne, avec la fille du président. Pendant trois semaines, elles restèrent au service des soldats et n'en furent payées (chose étonnante) par aucun mauvais traitement. Au bout de ce temps, nos deux prisonnières réussirent à s'évader en escaladant un mur. La petite Jeanne, en sautant trop précipitamment, se brisa une côte et faillit rester sur le terrain. Mais sa compagne la traîna, comme elle put, jusqu'à un épais buisson voisin, d'où elle la fit bientôt enlever sur une civière, à la faveur de la nuit, par des gens de Saint-Martin qui la rendirent à son heureux père.

Un dernier fait qui montre bien quelle terreur inspira la présence des Bleus dans la campagne des Landes-Génusson.

Une dizaine d'années environ après la Révolution, des bûcherons abattaient, un jour, un vieux chêne têtard destiné à faire du bois de chauffage, sur les terres du Plessis ou de la Nauliére, (la tradition n'a pas gardé le souvenir précis du lieu) lorsque, tout à coup, ils reculent épouvantés Quel était le motif de leur épouvante ? En ouvrant le tronc creux du vieux chêne, ils avaient trouvé un squelette d'homme debout auquel des chairs desséchées étaient encore adhérentes sur certaines parties... La présence de ce squelette dans ce cercueil naturel fut vite expliquée par tous ceux qui eurent la curiosité de le venir voir. Ce squelette, il n'y avait pas à en douter, était celui d'un homme qui s'était caché là, aux jours de la Terreur, pour échapper aux poursuites des Bleus, et y était mort de faim ou de peur.

Ce fait, ajouté à tant d'autres semblables, ne donne-t-il pas raison au poète qui a dit que, dans les champs de notre héroïque Vendée,

"Aucun épi n'est pur de sang humain !..."

Le vicaire de M. Retailleau, M. Chesneau, originaire de la paroisse, refusa, comme son curé, de prêter serment à la Constitution civile du clergé, et s'embarqua pour l'Espagne. Que devint-il, depuis lors ?... La mort qu'il avait voulu éviter en quittant sa patrie l'atteignit vraisemblablement dans le lieu de son exil ; car on n’a jamais trouvé aucune trace de son retour.

 

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Le Champ du massacre est situé non loin de la Préverie et à peu de distance du nouveau calvaire élevé en souvenir de la mission de 1891. Il appartient aujourd'hui à M. François Guilbaud, ancien maire des Landes. Mainte fois, le soc de la charrue y a mis à nu des ossements, des sabres et des balles qui n'ont malheureusement pas été recueillis. En 1874, on a élevé, à l'entrée du champ, l'ancienne croix du cimetière qui portait déjà gravée à sa base la date de 1830 qu'on y voit encore.

Malgré nos actives recherches, nous n'avons pu trouver les noms des quatre-vingt-huit victimes. Il est regrettable que leurs noms ne nous aient pas été conservés.