Note sur la Guyonnière pendant la Révolution

 

La chronique de la Guyonnière n'a presque rien à relater concernant la guerre vendéenne de la fin du siècle dernier. Le bourg reçut pourtant la visite des Bleus, puisque la tradition,  rapporte que l'église fut brûlée par eux, ainsi que les châteaux de la Roche-Thévenin et de Melay. On garde également le souvenir de deux combats ou plutôt de deux engagements entre Bleus et Blancs : celui de la butte du moulin de la Grillère, dans la direction du bourg de Saint-Symphorien, engagement qui eut lieu, sans doute, avant ou après le combat où les Mayençais reprirent, près de cette localité, leur revanche de Torfou, en octobre 1793 ; et celui de Melay, à l'époque de la reprise d'armes, en 1799. A cette affaire, Charles-Henri de la Roche-Saint-André, lieutenant de vaisseau (neveu de l'abbé), commandait la division de Montaigu. Il reçut une blessure qui n'eut pas de suites funestes et ne l'empêcha pas de fournir encore une longue carrière jusqu'au 20 juin 1836, date de sa mort.

La paroisse ne fut point affligée par la présence de prêtres intrus ou assermentés. C'est du moins, une tradition paroissiale qui n'est contredite, croyons-nous, par aucun document.

Un tableau de la galerie historique de Versailles, dont M. l'abbé de Suyrot possède une copie, représente le général Charette, à la tête d'une poignée d'hommes, le front bandé, à cause d'une blessure reçue, se battant à la porte d'une église. Et au-dessous on lit : Combat de la Guyonnière. Ce combat fut le dernier de l'illustre chef vendéen.

combat de la Guyonnière

 

Nous tenons à dire ici, pour ceux que ce tableau et son inscription pourraient induire en erreur, qu'il ne s'agit pas le moins du monde du bourg de la Guyonniére, mais du hameau de la Guyonnière, paroisse des Lucs-sur-Boulogne, hameau qui ne possède point l'église dont le peintre l'a doté sur sa toile. Le récit des historiens qui ont rapporté la prise de Charette, ne saurait faire le moindre doute, à ce sujet, pour ceux qui connaissent la topographie des lieux où s'est accompli cet évènement. Qu'on lise ce récit dans Crétineau-Joly (tome IIe p. 420-421) ; dans Alphonse Beauchamp (tome IIIe, p. 352) ; dans l'abbé Deniau (tome Ve p. 505), etc. et l'on se convaincra facilement de la justesse de notre observation. C'est au hameau de la Guyonnière (paroisse des Lucs) où les 32 hommes de Charette s'étaient retranchés, que l'adjudant-général de Travot, Valentin (venant des Lucs) les attaqua avec deux cents grenadiers, le 23 mars 1796. Les 32 braves soutinrent le choc pendant trois heures. Le général y fut blessé d'un coup de feu à la tête et d'un coup de sabre à la main. Malgré cela, il ne put alors être arrêté par son ennemi. C'est seulement après quatre heures d'une course incessante, qu'il tomba enfin, épuisé de fatigue et baigné dans son sang, près du bois de la Chaboterie (paroisse de Saint-Sulpice-le-Verdon), où Travot le fit prisonnier.

 

Pierre-Charles JAGUENEAU, curé.

Né à Montaigu, en 1762, M. Pierre-Charles Jagueneau était religieux Trinitaire à Beauvoir, quand éclata la Révolution. Le 2 brumaire an II, il acheta de la Nation la cure de la Guyonnière qu'il habita, en 1804, comme curé de la paroisse. Cette même année, il fut arrêté sous l'inculpation de faire partie d'une agence anglaise découverte en messidor an XII (la conjuration des Plombs), et qui avait pour but de troubler la France et d'attirer l'ennemi sur notre territoire. Le 24 février 1806, il est condamné à la détention par une commission de la douzième division militaire de Nantes. Le 30 septembre 1808, il est incarcéré à Fontenay, à l'hospice civil. C'est de là qu'il vendit la cure de la Guyonnière à la commune, le 21 décembre 1809.

M. Jagueneau fut ensuite transféré à Nantes et détenu au Bouffay, puis à Paris, où on l'enferma à la prison du Temple. Dans les dernières années de sa détention, on lui donna la ville pour prison. Enfin, le vénérable prêtre qui s'était toujours montré d'un dévouement absolue à la cause des Bourbons, fut remis en liberté, à leur rentrée à Paris, en 1814, et revint en Vendée. Au mois de septembre 1815, M. Jagueneau fut nommé curé de Froidfond, et administra cette paroisse jusqu'en 1829. A cette date, ses forces trahissant son zèle, accablé de nombreuses infirmités contractées pendant sa longue captivité, il donna sa démission et se retira à la Garnache où il fut le dernier aumônier de Mme de la Corbinière. Il mourut en février 1830.

Son nom figure dans la liste des prêtres présents au synode du Poiré (4 août 1795.)