Massacre de la Glacière (1791)

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Dans la période troublée de la révolution française, le massacre d'une soixantaine de personnes appelé le massacre de la Glacière a eu lieu au Palais des Papes d'Avignon dans la nuit du 16 octobre au 17 octobre 1791.

Avignon était alors déchiré par les rivalités entre partisans (révolutionnaires, les rouges) et adversaires (papiste, les blancs) du rattachement d'Avignon à la France. Les rouges prennent le pouvoir à Avignon mais sont accusés de vider les caisses et piller les église. De plus, la Vierge aurait fait plusieurs apparitions dans les environs et une effigie de la Vierge aux Cordeliers aurait délivré des larmes de sang. Le patriote Lescuyer est dépêché sur place. Pris à partie, il tombe au pied de la statue de la Vierge. Puis il reçoit un violent coup de bâton qui le fit s'effondrer au pied de l'autel. La garde arrête alors soixante suspects et les enferme dans les anciennes prisons du Palais des Papes, sur ordre de Jourdan.

 Le fils de Lescuyer, alors âgé de seize ans, se présenta en compagnie d'un groupe de compagnons, réclama vengeance et le droit d'exécuter lui-même les assassins de son père. Le massacre commença avec l'accord de Jourdan puisque celui-ci n'intervint aucunement pour empêcher la tuerie et quitta les lieux avec Duprat, Agricol Minvielle et Tournal, un journaliste, pour souper dans une auberge des environs.

Les emprisonnés furent sortis de leurs cellules et exécutés les uns après les autres. Ce fut un véritable massacre tant les exécuteurs n'étaient pas de vrais bourreaux et n'avaient donc aucune habileté particulière à abréger les souffrances de leurs victimes. Cette absence d'ordre augmenta le nombre des victimes puisque furent aussi massacrés d'autres prisonniers arrêtés avant l'assassinat de Lescuyer, le 21 août 1791.

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A Paris, Marat, dans son journal «L'Ami du Peuple», jugea que «la mort de ces scélérats n'est que le juste châtiment de leurs infâmes machinations» et salua les «actes de justice que les patriotes d'Avignon ont été forcés d'exercer pour leur salut».

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Face à l'amoncellement des cadavres, il fallut dégager le terrain. Il fut pratiqué une ouverture dans la tour de la Glacière afin de jeter les corps dans cette fosse. Lorsqu'il ne resta que les plus populaires, les plus difficiles à tuer, un détachement se rendit à l'auberge où soupaient Jourdan, Duprat, Agricol Minvielle et Tournal afin d'avoir l'aval de leur chef. Ce dernier approuva et le massacre put donc être poursuivi. Il semble cependant que deux femmes et un frère de quatre-vingt-dix ans furent épargnés.

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Le plus souvent, ce qui se passa a été rapporté par des témoins indirects. Un des rares témoignages d'un témoin oculaire fut celui de Bénézet Piton. Ami de Jourdan, il avait été sorti de sa cellule sur ordre de celui-ci et conduit dans une arrière-cuisine du palais. C'est là que vint se reposer le fils Lescuyer, exténué par ses meurtres. Et le témoin narre que, lorsqu'on vint l'avertir qu'il restait encore trente prisonniers à exécuter, il répondit :

« Qu'est-ce que cela me fait ? Mon père n'en est pas moins mort et cela ne le fera pas revenir. »

Ils furent rejoints par Jourdan, vers quatre heures du matin. Le commandant du fort prit avec eux une collation puis alla se coucher en demandant d'être réveillé deux heures plus tard. Comme une forte odeur commençait à se dégager de la Glacière, les cadavres furent alors recouverts de chaux vive sur ordre personnel de Jourdan.

Parmi les témoignages de seconde main, François Boudin, garçon de salle de l’auberge,  Thomas où résidait le fils Lescuyer, affirma avoir recueilli ses faits et gestes de la bouche même du jeune homme. Celui-ci lui aurait confié avoir personnellement exécuté une dizaine de personnes. Épuisé, il se serait arrêté vers trois heures du matin et aurait été réveillé par les cris et les hurlements des victimes. Il sortit et vit ses acolytes en train de faire basculer les morts et les blessés dans la Glacière. Le jeune Lescuyer avait même précisé que, pour se donner du cœur à l'ouvrage, ceux-ci avaient vidé vingt bouteilles de liqueur.