PIERRE-MICHEL GOURLET dit l'ECUREUIL

 

Pierre-Michel Gourlet 001

Pierre-Michel Gourlet naquit à Paris (le 9 juin 1771, baptisé le 10), dans une famille bourgeoise. Ses parents lui donnèrent de l'instruction en lui faisant suivre des études de notariat. Devenu orphelin de père à 17 ans, Gourlet assista aux deux premières années de la Révolution à Paris. Sa mère entretenait de bons rapports avec une famille noble bien placée : les Ferron de la Ferronnays, qu'elle suivit en émigration. C'est grâce à cette relation que Gourlet obtint en 1790 une place d'homme de confiance des Ferron de la Ferronnays, au château de Saint-Mars-la-Jaille, en Bretagne. Cet évènement personnel influença certainement le comportement politique de Gourlet, en l'attachant à l'Ancien Régime dont il espérait les bienfaits, tandis que ses liens avec la noblesse le rendaient suspect aux nouvelles autorités. Dès le départ, la marche de manoeuvre de Gourlet était donc étroite : il fut emporté par les évènements.

 

St Mars la Jaille château de la Ferronnays

 

Bientôt exclu de la Révolution, puis arrêté, il fut délivré par les Vendéens. A partir de là, le destin l'a conduit partout au coeur de l'affrontement entre Bleus et Blancs. Il a connu la grande guerre de Vendée de 1793 et la virée de Galerne comme acteur. Il n'avait alors que 22 ans. Il a été l'un des premiers organisateurs de la Chouannerie en Anjou. Il a représenté les Chouans aux négociations préliminaires au traité de La Mabilais, qu'il a signé. Il a vécu au milieu des insurgés de la région d'Ancenis de 1794 à 1800, et fut l'un de leurs officiers généraux, membre de l'état-major de l'armée de Scépeaux, puis de Châtillon.

Gourlet a reçu de ses services de très hautes distinctions honorifiques de la part de la Monarchie : croix de Saint-Louis en 1796, brevet d'adjudant-général en 1799, anoblissement en 1824.

Cependant, Gourlet n'a jamais pu réaliser la carrière qu'il souhaitait. Désoeuvré au début de la Restauration, il s'engagea dans la gendarmerie royale en 1816. Mais bloqué par la politique de la Restauration, il végéta à un niveau inférieur à ses attentes et à ses titres acquis durant la Chouannerie. Nommé capitaine de gendarmerie en avril 1830 seulement, il fut destitué quelques mois plus tard comme légitimiste par le Gouvernement de Louis-Philippe, dont évidemment il dit beaucoup de mal dans ses mémoires, et sans beaucoup d'objectivité.

Le 22 juillet 1825, Gourlet fut victime d'un accident grave dans la forêt de Rambouillet. Il eut la jambe droite cassée par le cheval emballé d'un gendarme et dut interrompre son service pendant quarante jours. Il fut froissé dans ces circonstances du peu d'intérêt à son égard manifesté par le Dauphin, présent pourtant sur place "dans les mois où sa vènerie se trouvait à Rambouillet. "Il y venait, dit Gourlet, tous les cinq jours, chasser le cerf avec une exactitude inconcevable, et suivant l'ordre du service, il me trouvait sur sa route, soit à son arrivée soit à son départ, car il couchait au château".

Le 7 septembre 1826, Gourlet obtint une audience à Rambouillet auprès de ce même Dauphin, duc d'Angoulême. Rappelant son passé d'officier vendéen et chouan, il demanda au Prince de le faire nommer lieutenant du roi à son ancien grade de colonel. Le Dauphin lui conseilla de s'adresser au ministre de la Guerre. Goulet insista demandant au Prince d'user de sa position pour "réparer une injustice faite à un officier français. Le duc d'Angoulême lui répondit qu'il avait pris la résolution de ne pas empiéter sur les attributions du ministre de la Guerre. L'entrevue n'avait pas duré une demi-heure. Gourlet se retira une fois de plus déçu et contrarié. Mais il était tenace. Repoussé par le Dauphin, il adressa une requête à son épouse, Madame la Dauphine, qui était fille de Louis XVI.

Le 29 janvier 1827, Gourlet reçut une lettre du ministre de la Guerre, lui accordant la promesse de figurer sur une liste d'attente pour un emploi correspondant à sa demande, et ce, sur ordre de S.A.R. Madame la Dauphine". Il reçut ce courrier sans illusion : "on avait, écrit-il, employé une forme honnête pour m'obliger à me taire."

Le 24 avril 1830, Gourlet fit entériner ses lettres de noblesse à la Cour royale. Il prêta serment devant le Premier Président Séguier.

Placé en demi-solde après la Révolution de 1830, il fut mis en réforme en 1838 avec une pension de retraite calculée sur 25 années de service, dont 40 mois de Chouannerie. Il se retira alors auprès de son fils aîné dans la Manche, finissant sa vie dans la discrétion et le désenchantement. Il mourut à Avranches en 1853 (le 18 février), à l'âge de 81 ans, ayant vécu presque 60 ans après l'insurrection de 1793.

(Extrait : Révolution Vendée Chouannerie - Mémoires Inédits 1789-1824 de Pierre-Michel Gourlet - Éditions du Choletais - 1989)

 

acte décès Pierre-Michel Gourlet

 

ANNONCE DE SON MARIAGE AVEC MADEMOISELLE JUSTON, DE PANNECÉ

 

LETTRE DE M. GOURLET, A SA MÈRE.

A Saint-Mars de la Jaille, le 15 avril 1796, 2e année du règne de Louis XVIII.

Ma chère maman, je sais que vous avez pu savoir indirectement que j'existois encore. Je ne doute pas de la joie que vous en aura causé la nouvelle : la mienne n'est pas moins grande d'apprendre que vous êtes encore auprès de madame la comtesse, et que vous avez surmonté tous les désagrémens que l'on doit éprouver en pays étranger avec de foibles moyens de subsistance. J'en aurois bien long à vous détailler, ma chère maman, s'il me falloit vous décrire toutes mes aventures, depuis notre séparation : il suffit que je vous en donne un extrait ; mais dans ce moment je m'arrête, à votre joie, que la divine providence vous ait conservé un fils qui vous aime avec ces sentimens, que jamais philosophe n'a pu peindre, mais que la pure vertu a bien sentis. C'est après des aventures et des dangers incroyables que je me trouve encore au bonheur de vous écrire, mais je ne peux compter sur celui de vous voir, car les hasards de la guerre sont cruels. Je suis parfaitement décidé à suivre jusqu'au dernier moment le parti que j'ai pris de me battre avec la bravoure d'un bon français, par-tout où je serai à même de détruire les ennemis de la religion et de mon roi légitime, tant que l'un et l'autre ne seront pas rétablis, dans ma malheureuse patrie. Deux cents combats doivent m'avoir aguerri. Je n'ai jamais reçu que cinq blessures ; elles n'ont fait que m'apprendre à mépriser la mort et à m'affermir dans les bontés de celui qui gouverne tout. Hélas ! ma respectable et tendre mère, si je vous serre encore dans mes bras, je serai assez récompensé. Si la religion se rétablit, si le roi peut vaincre ses ennemis, je le serai assez encore ; si je succombe, mes principes sont purs. Je laisserai ma mère et ma femme consolées par les bienfaits qu'elles sauront m'être accordés par celui qui dirige tout dans sa sagesse. Ce mot "ma femme" vous paroît étonnant, sans doute ; mais un enchaînement d'évènemens m'ont engagé à me marier ; ce détail seroit long à vous faire, mais cependant vous pouvez penser que n'ayant pas quitté le pays, il m'a fallu y trouver des amis qui s'intéressant à mon sort, m'aient tenu lieu de parens : parmi ces personnes a été madame Juston de Pannecé. Depuis deux ans que j'ai fait sa connoissance, elle a eu pour moi les bontés d'une mère, et sa fille celles d'une soeur ; l'amour encore, plus l'amitié, se sont joints à mes sentimens de reconnoissance ; enfin habitué dans une maison comme si j'en étois l'enfant, je conçus le vif désir de réaliser ce qui sembloit apparent. Le général en chef approuva mon dessein, et dans cette circonstance me servit de père ; il vit ainsi que mes camarades cette union avec plaisir et intérêt : et il ne manque à mon bonheur que de vous en voir le témoin. Ce qui me fait plaisir, c'est que vous connoissez ma femme : c'est mademoiselle Juston de Pannecé, que vous avez vue étant avec madame la comtesse chez le curé de Pannecé. J'ai, ma chère maman, à m'excuser auprès de vous de m'être marié sans votre consentement ; mais nous sommes si éloignés, et les circonstances si bizarres, que vous hésiterez, j'espère, à me reprocher de ne vous avoir pas attendu ; et quand vous verrez ma femme, que vous connoîtrez ses sacrifices, son opinion, la part qu'elle a prise à mes malheurs, ce qu'elle a fait pour moi, combien elle m'aime, ce qu'elle fait chaque jour, et combien elle vous est attachée, vous me pardonnerez et vous l'aimerez comme votre fille. En vous parlant de mon mariage, vous vous rappelez peut-être dans mes lettres que je vous ai adressées à Tournai, je vous parlois parfois d'une autre personne. Ne croyez pas que j'aie manqué à ce que je disois alors ; mais la personne, dans une crise de parti, me crut dans une position à ne pouvoir jamais reparoître et elle se maria avec un républicain. Je dois beaucoup à cette famille, et je me suis conduit avec elle comme un honnête homme devoit le faire.

Je ne m'attendois pas à une si grande joie, ma chère petite maman, en vous écrivant à l'instant, au moment même je reçois une lettre de vous, datée du 14 février, et une de madame la comtesse du 14. Je cesse tout détail pour ne m'occuper que de votre lettre et y répondre. Ah ! ma petite maman, quel plaisir ! vous m'avez envoyé votre silhouette : oui, c'est parfaitement ressemblant ; je l'ai reconnu de suite, et ma femme m'en dispute la possession. Je me servirai, ma petite maman, de vos expressions, sans connoître ce monsieur, qui ressemble à mon père. Je puis dire que ma femme ressemblera à ma mère ; c'est assez aussi vous dire que je serai toujours heureux. J'ai pris part à votre peine de la mort de ma grand'mère. Hélas ! dans un séjour comme Paris elle a été préservée de bien des peines et des inquiétudes ; vous savez que nous sommes dans le siècle où on fait des sacrifices, et où il faut savoir les faire. Il y a long-temps que je disois : Une lettre de ma mère avant de mourir, et je serai content. Me voilà donc heureux. Eh bien, le premier combat ne me verra pas plus brave, mais bien l'esprit plus tranquille. Si j'avois le temps, je vous donnerois le détail de mes aventures. Il n'y a que vous, ma chère maman, que cela n'ennuieroit pas ; mais peut-être serai-je assez heureux pour vous en faire le récit de vive voix. Il y a un an que, par des raisons politiques, nous étions en pacification avec nos ennemis ; nous fûmes en paix quatre mois ; pendant ce temps j'écrivis à Paris, j'y envoyai, et après bien des démarches, je ne pus ni découvrir ma soeur, ni personne, et depuis notre séparation je n'ai pas entendu parler d'eux. Je vivois dans ce pays-ci comme descendu des cieux.

Vous conviendrez que voilà encore une bonne raison pour se fixer à une respectable famille, et s'attacher à une bonne femme. Je me suis marié dans l'église de Saint-Mars : cela m'a fait plaisir. C'est l'abbé Royer de Pannecé qui nous a mariés ; car le curé et M. Borier sont morts depuis long-temps, Deslandes, sa femme et ses enfans sont toujours en bon état : ils se sont mis au commerce, et maintenant sont à leur aise et ont de l'argent devant eux. Je vais répondre à la lettre de madame la comtesse ; je n'ai point reçu de nouvelles de M. le comte, et j'ignore s'il vient en France. Quant à Valée qui a perdu ses parens, je ne peux me charger de lui, à moins de le mener en soldat ; car il paroît avoir besoin d'être à la discipline : on pourra le mettre dans une compagnie de chasseurs, où il trouvera un capitaine qui lui apprendra à vivre ; c'est, je crois, le meilleur moyen. Je trouve, ma petite maman, qu'un fusil me va mieux qu'une plume ; avec l'un j'aime bien à dépenser, mais avec l'autre je ne gagnerois guère : aussi y ai-je renoncé : c'est facile à voir, car, je ne sais plus écrire. N'importe, vive le roi ! ma chère maman ! ma femme et moi ! tout ira bien. Vive aussi la chère famille de la Ferronnays ! Jugez, ma petite maman, que j'ai eu de peine ; il y a trois mois un émigré me dit que madame la Ferronnays étoit morte à Londres ; j'ai pleuré deux jours, foi de bon chouan ; heureusement la nouvelle s'est trouvée fausse ; Vive le roi ! Dites à mademoiselle Nanette que le pauvre Gourlet a toujours pensé à elle. Embrassez-la pour moi : elle ne le trouvera pas mauvais. Je lui croyois un petit frère ; il paroît que c'est faux ; vous me l'auriez marqué. Je vous embrasse, ma tendre mère, comme je vous aime. Votre respectueux fils, le brigand-chouan, GOURLET, général de la cavalerie.

P.S. : Monsieur nous a honorés de la croix de Saint-Louis : le porteur a été pris, mais on dit les lettres arrivées. Jugez si jamais j'eûs pu prétendre à cet honneur, J'espère en être toujours digne.

(Extrait : Correspondance secrète de Charette, Stofflet, etc. ... - F. Buisson (Paris) - 1799)

 

Pierre-Michel Gourlet

 

PIERRE-MICHEL GOURLET, puis DE GOURLET (1771-1853), né à Paris, mort à Avranches, rue du Puits-Hamel, fut anobli par lettres patentes du 10 juillet 1824. Il était alors simple lieutenant de gendarmerie. Sur son acte de décès, il est qualifié : écuyer, chevalier de Saint-Louis, capitaine de gendarmerie en retraite.

Mariage avec Anne-Cécile Juston, à Saint-Mars-la-Jaille, le 18 janvier 1796.

Son fils PIERRE-ANNE DE GOURLET, ancien officier de cavalerie, receveur municipal de la ville d'Avranches, né à Ancenis (Loire-Inférieure), décéda également à Avranches, 12, rue d'Auditoire, en 1857, à l'âge de 57 ans.

LOUIS-EMMANUEL DE GOURLET, autre fils, médecin, né à Pannecé (Loire-Inférieure), mourut aussi à Avranches, rue de Ponts, en 1849, à l'âge de 47 ans.

ARMES : D'azur, au chevron d'or, accompagné en chef de deux croisettes d'argent, et, en pointe, d'une tige de lis d'argent, posée en barre, et d'une épée de même, posée en bande et en sautoir.

A. DE TESSON
(Revue de l'Avranchin - Tome XIII - 1906)

 

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